Hôtel des deux mondes

Résumé

Aucun client ne sait comment il est arrivé à l'Hôtel des deux mondes. Personne ne sait quand il pourra repartir, ni vers quelle destination. Dans ce lieu étrange, tout est possible, même les miracles. Les infirmes recouvrent l'usage de leurs membres et les menteurs disent la vérité. L'énigmatique docteur S. chargé d'accompagner leur séjour ne fait que rendre plus aiguës les questions de ses hôtes.

Un suspense métaphysique entre rêve et réalité, vie et mort, comédie et tragédie, où l'auteur du Visiteur  poursuit sa recherche éperdue du sens et pose le mystère comme raison même d'espérer. 

 

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Commentaires

« On me demande souvent comment... »

On me demande souvent comment j'ai eu l'idée de cet hôtel entre deux mondes. Et de cet ascenseur. Même en me triturant douloureusement la cervelle, je n'arrive pas à m'en souvenir.

D'où viennent les idées ? Pourquoi s'imposent-elles ? Je n'ai jamais connu la situation de mes personnages, le coma. Mais j'ai vu des proches partir dans cet endroit mystérieux ; certains en sont revenus, d'autres pas. Ce qui me frappe, chez les rescapés, c'est leur joie, leur allégresse, leur appétit. Quels bons vivants ils sont devenus depuis ! Eux-mêmes estiment, en riant, qu'ils s'étaient comportés auparavant en très mauvais vivants.

Cette métamorphose me fit réfléchir. Frôler la mort, découvrir que la mortalité est la trame essentielle de l'existence, cette expérience qu'on pourrait croire dramatique, leur a ouvert les yeux : ainsi la vie ne va pas de soi, elle est un étrange cadeau qu'on reçoit mieux la seconde fois. Les revenants seuls éprouvent de la gratitude. Le bonheur serait-il lié à la méditation de la mort ?

J'ai moi-même connu des situations dites "limites" , une où j'aurais pu mourir, une autre où j'aurais dû mourir. Qu'on me pardonne de ne pas en dire plus, j'ai toujours refusé de raconter ma vie ; je préfère la filtrer et l'exprimer à travers celle de mes personnages ; dans mes écrits, "je" reste toujours un pseudonyme. Aux portes de la mort, j'ai été surpris, confondu par le sentiment qui m'est tombé dessus : la sérénité. Moi qui était capable d'avoir peur d'une araignée, d'une remarque désagréable, d'un visage fermé, d'une lettre des impôts -et je le suis toujours-, voilà que subitement je n'éprouvais ni peur, ni angoisse. L'inquiétude partait. Restait un sentiment de plénitude. "Tout est justifié" me disait une voix intérieur qui n'était sans doute pas la mienne.

L'abandon au mystère, tel est l'objet de cette pièce... Tel est le trajet ahurissant que fait Julien. Que je suis heureux que, depuis sa création, les gens ne cessent de m'arrêter dans la rue ou au restaurant, de m'attraper le bras et de me souffler à l'oreille, cette réplique qu'ils savent par cœur. "La confiance est une petite flamme qui n'éclaire rien mais qui tient chaud."
Julien, lorsqu'il arrive dans cet hôtel, est l'homme de notre temps : pessimiste, matérialiste, angoissé, il roule trop vite, il aime trop vite, il pense trop vite. Il possède tous les préjugés du prêt-à-penser contemporain : les certitudes négatives. Ce poids idéologique l'étouffe, l'empêche de vivre, le tient à distance des êtres et des choses, le désengage. Cette attente forcée, les rencontres qu'il y fait, la méditation sur son destin, vont le modifier radicalement. Il repart avec une force qu'il n'avait pas en entrant, la force de consentir.
Vertu de l'attente...

J'avais eu, un instant, envie d'appeler cette pièce La salle des pas perdus mais j'y ai renoncé lorsque je me suis rendu compte que les pas n'étaient pas perdus. On m'a beaucoup interrogé sur cet étrange Docteur S. Moi aussi. Toutes les questions qu'on me pose, je me les suis posés, et je ne suis capable d'y répondre à toutes.
Pourquoi un docteur pour organiser ce passage ?
Parce que le médecin est aujourd'hui, l'intercesseur entre la mort et nous.
Pourquoi ce docteur a-t-il plusieurs sexe ?
Parce qu'il n'en a aucun.
Pourquoi s'appelle-t-il le Docteur S ?
Cette question là, j'ai voulu que les spectateurs se la posent et y répondent eux-mêmes. On m'a apporté beaucoup de solutions ; qui m'ont toutes plu : "Docteur S" car "doctoresse" ; S. comme Sphinx, Styx, Silence, Signe, Sérénité, Soupir.

Un soir de février 2000, Francine Bergé, grande tragédienne qui me fit l'honneur de reprendre le rôle, m'a exposé une théorie stupéfiante : elle m'assure que le docteur S est moi-même, Schmitt, c'est-à-dire l'auteur, le dramaturge, elle en concluait S comme Schmitt qui fait entrer et sortir les personnages, qui a des dossiers sur eux, qui refuse de leur dire tout ce qu'il sait d'eux, qui organise un psychodrame, de vraies entrées et fausses sorties, et qui avoue tristement n'avoir de pouvoir que dans le cadre de cet hôtel (la scène), et aucun sur terre (la réalité).
Tel est le dramaturge qui emprunte tous les sexes lorsqu'il compose une pièce, le docteur apparaît tantôt homme, tantôt femme, et, "comme toi, ajouta-t-elle, il est un messager de l'incertain."

Je lui laisse la responsabilité de dire de si belles choses.

Baden-Baden, Allemagne, le 20 avril 2000
Eric-Emmanuel Schmitt

Critiques

La Tribune - « Comédie métaphysique »

Une sorte de hall impersonnel en face d'un ascenseur. Pour accueillir les arrivants, ou accompagner les partants, deux employés muets en blouse blanche. Hôtel ou clinique ? Eric-Emmanuel Schmitt, qui après l'incursion du côté du boulevard du crime dans " Frédérick Lemaître " l'an dernier, renoue dans sa huitième pièce avec une inspiration plus nettement philosophique, celle du " Visiteur ", notamment, nous proposerait-il sa version de " Huis clos " ?

Non, nous ne sommes pas en enfer mais dans un lieu mystèrieux qui accueille les hommes et les femmes entre la vie et la mort, tandis que sur terre, leur corps perfusé, intubé, lutte dans le coma à  l'hôpital, ils se retrouvent (eux, leur esprit, leur âme ?) miraculeuseument indemnes en attente de l'issue du combat médical dans cet " Hôtel des deux mondes " où ils n'ont rien d'autre à  faire qu'à  parler et à  s'interroger sur leur vie, leurs regrets, leurs certitudes, leurs mensonges et sur la mort, bien sûr.

En quête d'espoir: six personnages en quête d'espoir redoutant que l'ascenseur ne les emmène vers un ' là -haut ' inconnu et terrifiant attendant avec angoisse qu'il les ramène ' en bas ' sur terre, signe de guérison. Et tuant...leurs craintes et le temps en parlant. Trois hommes, trois femmes, dans ce qui est tout de même un huis clos : un chef d'entreprise arrogant, égoïste, uniquement préoccupé de l'évolution de son capital, un rien caricatural ; un ancien commerà§ant devenu mage hindou, affable et philosophe ; un jeune homme, journaliste sportif, séduisant et pourtant dépressif qui vient d'arriver, victime d'un accident de la route ; une femme de ménage qui a trimé toute sa vie, n'a jamais eu de chance, pas même avec ses enfants et sait bien qu'elle n'a rien à  attendre, mais le dit avec un humour chaleureux ; et, arrivée de la dernière heure, une ravissante jeune handicapée souffrant depuis sa naissance mais qui a toujours lutté pour sa survie et qui apporte, malgré son insupportable état physique, une note d'espoir lumineuse. Et puis le ' docteur S ', mystèrieux responsable de l'hôtel, en fait simple " passeur " un peu psy qui, pourtant, aimerait parfois avoir un peu plus de pouvoir pour ceux de ses "clients" qui le mériteraient.

On connaît l'auteur : pour nous faire réfléchir sur ce qu'est la vie, sur ce qu'on en fait, et sur ce qu'il peut y avoir après, il n'est jamais pesant, jonglant même parfois, mais avec élégance toujours, sur le fil de la facilité boulevardière et troussant ici, in fine, une véritable comédie sentimentale.

Annie Coppermann

Figaro Magazine - « Est-ce que notre vie nous appartient ? »

Est-ce que notre vie nous appartient ? Est-ce que la mort est une fin ? Y a-t-il un grand livre où tout est écrit ? Et par qui ? Par dieu, par le diable où par le destin ? Ou bien sommes-nous libres, complètement libres ? On ne reprochera pas à  Eric-Emmanuel Schmitt de se poser ces question-là , et d'autres encore, qui sont essentielles et même existentielles.

Pour une fois qu'un bon auteur dramatique français s'intéresse à  autre chose qu'à  la réalité sociale ! Et l'on saluera son courage : porter à  la scène ces problématique-là , ça n'est pas commode. Pascal, d'ailleurs, n'écrivit jamais pour le théâtre ! On rendra enfin hommage à  Schmitt pour sa sincérité : visiblement c'est sa propre angoisse qu'il nous livre, ce qui donne à  sa pièce " Hôtel des deux mondes " un accent d'innocence assez troublant. Quelle angoisse ? Celle de la mort, bien sûr. Elle obsède Schmitt, on le sent depuis qu'on fréquente son théâtre.

Cette fois, il a décidé de frapper un coup et de régler ses comptes avec elle. Sa pièce est une cérémonie théâtrale d'exorcisme de la mort. Les personnages, dans ces limbes ténébreux où ils errent hors de leur corps, ces malheureux sont soumis à  une épreuve atroce et obligés à  une réflexion fondamentale qui, du fait des circonstances, porte d'avantage sur le mystère de la mort que sur l'absurdité de la vie, ce en quoi Schmitt renouvelle heureusement la thématique favorite de ce demi-siècle.

Et de fait, il y a une espèce d'allégresse, de gaieté, naturelle dans cette tragi-comédie, en dépit du sujet qu'elle traite.

Philippe Tesson

Le Parisien - « Quels acteurs ! »

En ces temps où philosophes et dramaturges s'acharnent à  nous faire partager leurs angoisses métaphysiques, on sera reconnaissant à  Eric-Emmanuel Schmitt, avec son " Hôtel des deux mondes ", de laisser filtrer la petite flamme de l'espérance jusqu'au point dit de non retour, entre ces deux mondes que sont la vie et la mort. Ses personnages sont dans le coma et ont tout loisir de s'interroger sur leur devenir.

Ils sont six à  attendre ainsi le sort auquel ils sont promis, partagés entre la résignation, la révolte, la crainte et l'espoir. Une situation qui rappelle, au départ, le " Huis clos " de Sartre pour se conclure dans un esprit proche des " Visiteurs du soir ".

Que l'on ne s'y trompe pas, cependant, l'oeuvre mêle adroitement réflexions philosophiques et réactions purement humaines.

André Lafarge

Variety - « La vie, la mort, le ciel existe-t-il »

La vie, la mort, le ciel existe-t-il : tel est le contenu de la dernière pièce d'Eric-Emmanuel Schmitt. Merveilleusement jouée, elle réussit à  faire un sort aux interrogations fondamentales qui nous tourmentent tous, et cela en créant des personnages et en concevant une intrigue pleine d'art ; la force essentielle de la pièce est cette incertitude toujours présente concernant la mort ou la survie ' une dramatisation des doutes qui nous assaillent tous, plus ou moins, chaque jour.

En maintenant la tension au maximum tout au long, en organisant un maximum de mouvements et d'images dans un seul décor, le metteur en scène Daniel Roussel obtient de ses acteurs une performance de tout premier ordre.

Madame Figaro - « L'auteur du " Visiteur " retrouve son comédien Rufus,... »

L'auteur du " Visiteur " retrouve son comédien Rufus, qui fut un Freud ironique et grave, et un sujet philosophique, qui marie la comédie et la réflexion. On rit et on s'interroge, c'est la marque de fabrique de l'auteur ; Catherine Arditi, vive et pétulante, et Bernard Dhéran, père noble plus vrai que nature, sont épatants.

Un mage avec turban, que Rufus joue avec beaucoup de finesse, complète la clientèle. L'arrivée de Laura, éblouissante Laurence Côte, amène une luminosité spirituelle. Elle est l'âme de ce spectacle, petite Jeanne d'Arc en fauteuil roulant, qui se bat contre la maladie et le destin. Elle forme avec Yves Berteloot un couple attendrissant. Encore une fois, Eric-Emmanuel Schmitt s'interroge sur toutes les questions l'amour, la mort, avec brio.

Marion Thébaud

Actualités Juives - « Cette pièce admirable, aux couleurs de la comédie ... »

Cette pièce admirable, aux couleurs de la comédie, se nourrit de philosophie et d’humanisme, avec un petit clin d’œil malicieux au Huis clos de Sartre.

Ce spectacle d’une intelligence et d’une rare sensibilité a le mérite, de poser des questions essentielles sur le hasard, la chance et l’arbitraire de la vie, son mystère profond en même temps que toutes les raisons d’espérer.

Courrez vite voir ce spectacle à mi-chemin entre tragédie et comédie, d’une qualité exceptionnelle.

Michèle Lévy-Thaieb

Pélerin Magazine - « Hôtel des deux mondes »

Eric-Emmanuel Schmitt. Un auteur touché par la grâce.

France Lebreton

Critiques des blogs

onsortoupas.fr - « Le nouveau chef d’oeuvre d’Eric Emmanuel Schmitt au Théâtre Rive Gauche ! »

Julien Portal (Davy Sardou) sort d’un ascenseur, accueilli par deux jeunes gens angéliques ( Günther Vanseveren et Roxanne Le Texier), qui semblent trop silencieux, et qui lui montrent le chemin d’une chambre. Désorienté, il va les suivre pour se reposer. D’autres « clients » de cet hôtel vont se retrouver dans cette pièce principale pour converser, bientôt rejoints par Julien. Il y a Marie (Michèle Garcia), une femme de chambre qui aime raconter sa vie, un vieux mage, Radjapour (Jean-Paul Farré), le président d’une société connue, Delbec (Jean-Jacques Moreau), qui tous voudraient bien voir le Docteur S (Odile Cohen). Ils tentent tous d’expliquer à Julien où il se trouve. Une fois que ce dernier comprend enfin la situation arrive une nouvelle jeune femme , Laura ( Noémie Elbaz). Chacun de ces personnages a son importance dans ce conte surréaliste, métaphysique, et absolument passionnant de bout en bout. Ne comptez pas sur moi pour vous en dévoiler plus.

Une fois encore, on sent la patte de l’auteur, Eric Emmanuel Schmitt, qui arrive à nous passionner deux heures durant ( ou peu s’en faut), certes avec des comédiens remarquables, mais surtout avec un texte comme on aime en découvrir au théâtre, et des situations à la fois cocasses et surprenantes, des personnages qui n’auraient jamais dû se rencontrer, dans ce très beau décor de Stéphanie Jarre qui permet au metteur en scène, Anne Bourgeois , de nous démontrer une fois de plus qu’elle est indispensable à la santé du théâtre français.

Que dire de plus, si ce n’est qu’on passe par toute une gamme de sentiments, on rira au début à certaines répliques, ensuite on frissonnera un peu, on s’inquiètera, on tentera de deviner le déroulement final, qui va rester, qui va partir, et ce jusqu’à la dernière seconde. Décidément, cette deuxième partie de saison nous offre une diversité de pièces qu’on a vraiment envie de voir, et de conseiller, même lorsqu’il s’agit de sujets graves. Du grand théâtre, et une nouvelle réussite à l’actif du Théâtre Rive Gauche.

Guy Courtheoux

Critikator - « L’art d’Eric-Emmanuel Schmitt est de nous faire réfléchir »

Déjà, le talent d’Eric-Emmanuel Schmitt est de nous emmener dans un endroit indéfinissable, un endroit dont on se dit : et pourquoi n’existerait-il pas ? C’est une sorte de no man’s land, une station spéciale à mi-chemin entre ici-bas et l’au-delà, une antichambre située entre la vie et la mort. Inutile de dire que le dépaysement est pour nous total. Le décor immaculé, ultramoderne et aseptisé concocté par Stéphanie Jarre contribue à renforcer cette sensation. Nous avons l’impression d’avoir le privilège d’être admis dans un lieu mystérieux et hors du temps afin d’être les témoins d’une situation paradoxale dont nous pensons quasiment tous qu’elle puisse se produire…

Sujet on ne peut plus métaphysique. Vous avez dit « métaphysique »?... En fait, il suffit de lire une des définitions de ce mot dans le Larousse pour résumer la pièce « Spéculations intellectuelles sur des choses abstraites qui n’aboutissent pas à une solution des problèmes réels »… On y est en plein.

 

L’Hôtel des deux mondes est un hôtel de passe-passe. C’est un lieu de transit. Je ne dévoile rien en écrivant cela, car on est rapidement amené à le comprendre. Tous les « clients » de cet établissement sont des gens de passage. Ils ne sont plus tout à fait vivants et ils ne sont pas encore morts. Ils sont tous dans un coma plus ou moins profond. Certains viennent d’y entrer, comme Julien Portal (Davy Sardou), un autre y séjourne déjà depuis six mois comme le « mage » Radjapour (Jean-Paul Farré). Par le truchement de la maîtresse des lieux, le docteur S (Odile Cohen), chacun – et nous avec – est informé de ce pourquoi il est là et de ce qui l’attend. Subissant alors un phénomène de décorporation, chacun devient le spectateur impuissant de son propre destin.

 

Dit comme ça, on donne l’impression d’un sujet à la fois rébarbatif et délicat. Le mot coma fait peur. C’est légitime. Mais l’art d’Eric-Emmanuel Schmitt est de nous faire réfléchir à ce qu’il peut y avoir juste avant et après la mort tout en nous distrayant et, même, en nous faisant souvent rire. Tout simplement parce que nous avons affaire à des personnages qui nous ressemblent, qui sont le reflet de notre société, et qui se comportent avec les qualités et les travers propres à l’être humain. On a effectivement un joli panel d’individus.

 

 

 

L’écriture de cette pièce, sa mise en scène alerte et sa distribution sont impeccables. Le sujet est profond, son traitement relève de la philosophie, mais il reste léger et accessible. Comme nous sommes tous concernés, il nous arrive de nous projeter dans telle ou telle situation, de partager les sentiments ou les réactions de l’un ou l’autre des protagonistes. Pour éviter tout pathos, l’auteur a fignolé des dialogues le plus souvent pleins d’humour. En cela, trois des personnages brillent particulièrement. Le mage Radjapour est un sage. Il est pragmatique, bienveillant, suffisamment détaché de tout pour accepter les choses avec un fatalisme réjouissant. Marie (Michèle Garcia) est humble, réaliste et, surtout, formidablement truculente. Son premier monologue est à mourir… de rire ! Le président Delbec (Jean-Jacques Moreau) est l’archétype du politicien expert ès compromissions en tous genres. Il nous fait irrésistiblement penser à quelques (tristes) figures actuelles. Il est sentencieux, cynique, égoïste, impitoyable. Tellement vrai !

 

Tout doucement, après nous avoir fait comprendre la mécanique et la présence ô combien impressionnante de l’ascenseur qui trône au milieu de la scène, Eric-Emmanuel fait monter l’intrigue d’un cran en y ajoutant une note de suspense. Qui va avoir le droit de retourner sur terre ou pas ? C’est terrifiant car il faut se résoudre à accepter l’arbitraire et même l’injustice… Un peu plus tard, il nous fait encore franchir un ultime pallier en introduisant dans son récit le plus noble des sentiments, l’amour. Il est incarné par la vibrante et pétillante Laura (Noémie Elbaz). Son arrivée apporte soudain de la vie, de la fantaisie, de l'intensité et de la sensualité. Evidemment, le premier à être séduit est Julien. Lui, le jouisseur désabusé, le bobo qui a bobo à l’âme, va se trouver régénéré. Sa « vie » va reprendre un autre sens. Sa métamorphose est spectaculaire.

 

Tous les acteurs ont un ou plusieurs morceaux de bravoure. Le mage, le président et Marie nous offrent des numéros absolument jubilatoires. On les voit évoluer tout au long de la pièce. Y compris l’énigmatique docteur S. Son rôle l’oblige à une réelle froideur, à une distance toute professionnelle vis-à-vis de ses clients de passage. Pourtant, elle va peu à peu – et contre son gré - fendre l’armure et se montrer profondément humaine.

Quant à Julien Portal, le nouvel entrant dans l’hôtel des deux mondes, on s’attache à lui parce qu’il est en quelque sorte notre guide. On découvre ce lieu ésotérique et les personnages qui y gravitent en même temps que lui. Comme lui, on est dans l’incompréhension, puis dans la révolte, puis dans l’angoisse et, enfin, dans l’acceptation et l’exaltation. Comme d’habitude Davy Sardou joue simple et juste.

 

Grâce au rythme apporté par la mise en scène, on traverse ces deux heures de spectacle avec autant d’intérêt que d’amusement. Il faut aussi souligner l’importance de la bande-son et des lumières. Jacques Rouveyrollis a su trouver des effets spéciaux dignes du cinéma. Il su plus particulièrement mettre en valeur le décor immaculé de Stéphanie Jarre, nous faisant ainsi immanquablement penser à la fameuse lumière blanche décrite par les personnes ayant vécu une expérience de mort imminente.

Enfin, les dialogues de cette pièce sont saupoudrés de déclarations, de sentences, de maximes, de mots d’auteur qui sont un pur régal et autant de sujets de réflexions. Quand on sort du théâtre Rive Gauche devenu un instant une curieuse salle des trépas perdus, on n’est pas plus avancé sur nos questionnements. Mais on a reçu une belle leçon de vie et on sait que l’on va continuer à cogiter et à en débattre dès que l’on en aura l’occasion. Y a-t-il une vie après la mort ? Et Dieu dans tout ça ?

Mystère…

Gilbert « Critikator » Jouin

Spectatif - « Incontournable »

Enfermés confortablement dans un coma aux allures d’hôtel élégant et luxueux, cinq clients particuliers vont attendre leurs destins sans se désemparer du désir de comprendre, de dire, de se délivrer, toutes âmes dehors, pour échapper aux affres de la peur de mourir et apaiser la crainte de l’inconnu de l’au-delà.

Deux angéliques pierrots silencieux et bienveillants sont présents à leurs côtés, aux moments où l’ascenseur ouvre ses portes pour accueillir un client ou le voir disparaitre. Le docteur S, femme belle comme la vie et fatale comme la mort est là aussi pour jouer l’entremetteuse du passage, l’accompagnatrice du combat à la fin incertaine.

Cette pièce d’Éric-Emmanuel Schmitt est créée en 1999. Elle vient interroger, aux détours des scènes, les questions sur le sens de la vie et la conscience de la mort, sur le besoin de vivre et la nécessité de mourir.

Les personnages s’amusent autant qu’ils nous amusent, prenant suffisamment au sérieux ce qu’ils se disent pour en rire et nous entraîner avec une joie complice dans les méandres d’une réflexion finalement rieuse.

Nous retrouvons là tout l’art de la théâtralité des textes de cet auteur qui nous confie adroitement à des situations remplies d’humour, jouées avec la légèreté des sourires sans jamais perdre le fil de l’interrogation qu’il nous fait nôtre.

C’est toujours dans les huis clos qu’on réfléchit le mieux. Sartre ne s’est-il pas épancher tout son saoul, dans « Huis Clos » justement, sur l’altérité comme sens premier de la raison existentielle ? Ici, Éric-Emmanuel Schmitt pose le principe du don, du cadeau donné qu’est la vie, laissant à chacun de nous d’en définir l’auteur. Ce don, comme tout don, génère une dette, réelle ou symbolique. Que devons-nous ? À qui ? Pourquoi ? Sommes-nous libres d’en décider ?

La vie n’est-elle pas un état qui ne prend sens que dans la conscience de sa fin ? Donner de la vie à son tour rembourse-t-il les intérêts et le capital ? La femme de ménage, le président, le mage, le journaliste ou la jeune femme : Clients patents et impatients d’en finir avec cette attente, jusqu’où se découvrent-ils ? La mort ? L’amour ? Le don de soi ?

La mise en scène d’Anne Bourgeois fait le choix d’apporter au récit lumière et humour. Tout est fait pour que nous comprenions ce qui se trame, pour nous laisser le temps de réfléchir et douter, pour sourire et rire d’aisance et de soulagement. Nous qui faisons corps avec chacun d’entre eux, pour ce qu’ils sont et ce qu’ils nous montrent de nous-même.

La distribution est simplement brillante. Nous sommes cueillis dès le début, bousculés, émus, attendris et reconduis à notre place. Là où il faudra finir le récit.

Un très beau et bon spectacle faisant appel autant à notre intelligence qu’à notre sensibilité. Incontournable.

Frédéric Perez

Froggy's delight - « Un beau moment de théâtre »

Comédie dramatique de Eric-Emmanuel Schmitt, mise en scène de Anne Bourgeois, avec Davy Sardou, Jean-Paul Farré, Jean-Jacques Moreau, Michèle Garcia, Odile Cohen, Noémie Elbaz, Günther Vanseveren et Roxane Le Texier.

Le hall lumineux d’un hôtel aseptisé. Seuls deux employés muets vêtus de blanc sont là pour guider les clients vers l’une ou l’autre aile.

Quelques anciens pensionnaires devisent. Tous veulent parler au Docteur S. Quand soudain les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur Julien, un nouveau venu…

Cet hôtel est un lieu de villégiature temporaire pour des humains en transit. Dans ce lieu mystérieux, les personnages attendent des nouvelles de ce qu’ils vont devenir.

Au fond, cet ascenseur comme une boîte magique dont les épaisses portes s’ouvrent de temps à autre pour déposer un nouveau pensionnaire ou venir en chercher un. Seul, le docteur S (qui porte bien son nom car il s’agit d’une doctoresse) connait une partie des éléments du dossier de chacun.

Avec "Hôtel des Deux Mondes", Eric Emmanuel-Schmitt, comme dans "Le Visiteur" a écrit un texte aux multiples pistes métaphysiques et philosophiques questionnant par exemple le spectateur sur la mort, Dieu et l’au-delà. Et l’auteur livre quelques répliques parmi les plus sublimes de son œuvre dans cette pièce qui mélange comédie, fantastique, suspens et amour.

La mise en scène d’Anne Bourgeois à la fois légère et chargée d’émotion fait évoluer ces êtres avec le recul relatif à cette situation extraordinaire. Elle accompagne une distribution de qualité qui circule avec harmonie dans le décor superbe de Stéfanie Jarre.

Jean-Paul Farré met tout son talent et sa fantaisie de clown triste pour donner malice et générosité au mage Radjapour. Sa dernière scène est d’ailleurs à ce titre particulièrement bouleversante.

Odile Cohen est splendide dans le personnage énigmatique du Docteur S à la froideur apparente, dont les yeux ne peuvent trahir la profonde humanité. Elle livre une prestation aussi poignante que marquante.

Davy Sardou et Noémie Elbaz forment un couple de jeunes premiers crédible et émouvant. Le talent de Michèle Garcia et Jean-Jacques Moreau dans des personnages à la bavarde exubérance permet un un peu de rire bienvenu. Quant aux anges, Roxane Le Texier et Günther Vanseveren, ils accompagnent tout ce petit monde de leurs regards bienveillants.

On s’attache à ces individus dont on ne sait rien du destin (à moins qu’on ne le devine). Dans cet entre-deux, les personnages vont prendre conscience de leur liberté et de l’importance de leurs choix. Ils comprendront aussi l’inestimable trésor d’être vivant.

Un beau moment de théâtre. Et ce qui est sûr, c’est qu’après cette pièce, on ne prendra plus jamais l’ascenseur comme avant…

Nicolas Arnstam

De al cour au jardin. - « Une nouvelle fois, le Rive-Gauche m'a fait passer une bien belle soirée. »

Autant vous le dire tout de suite, cet « hôtel des deux mondes » n'est pas un hôtel ordinaire.
Les clients qui y séjournent ont tôt fait de s'en rendre compte.
Le public également.

Deux « grooms » entièrement de blanc vêtus, un médecin habillé d'une sorte de soutane immaculée, un président de sociétés, un étonnant mage, un rédac-chef de presse écrite, une femme de ménage-philosophe, oui, tout ceci est vraiment étrange.

Et puis le « personnage principal » de la pièce : un ascenseur.
Oui, vous avez bien lu : un grand ascenseur qui fonctionne dans un vacarme assourdissant.
Un ascenseur très particulier, quoi.

Eric-Emmanuel Schmitt a proposé à Anne Bourgeois de mettre en scène sa pièce, créée en 1999.
Et comme il a bien fait !

Monter une pièce de Schmitt comporte un risque énorme : de par le caractère apparemment simple mais en fait profond du propos, il faut faire très attention.
Grand est le danger de tomber dans le registre de la platitude ou de la mièvrerie.
Transposer sur un plateau une phrase comme par exemple « cela s'appelle le coup de foudre » n'est pas évident.

Il faut avoir sous la main un metteur en scène inspiré, inventif, audacieux, très au clair sur les tenants et les aboutissants de la pièce.

Ici, c'est évidemment le cas.
Anne Bourgeois s'est emparée du texte à bras le corps de ce best-seller dramaturgique monté dans le monde entier.

Elle sait faire dire les répliques, faire sonner les mots schmittiens, (elle a déjà monté voici quelques années « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran), elle sait nous faire savourer le texte.


Elle sait également tirer le meilleur parti de l'espace scénique, elle sait faire bouger les comédiens.
On a l'impression que tout va de soi, exactement comme l'écriture de l'auteur.
Cette impression de facilité et d'évidence n'est bien entendu qu'apparente.
Anne Bourgeois a évidemment bien compris que derrière ces apparences-là se cache un réel et profond propos philosophique. Ici, en l'occurrence, le rapport de chacun à la mort : celle des autres mais également sa propre mort. On se doute bien que qui dit rapport à la mort sous-entend rapport à la vie.

Elle a choisi une belle brochette de comédiens.
Tous sont excellents et au service de la pièce.

A commencer par les « petits jeunes », Davy Sardou et Noémie Elbaz, (son entrée en scène est magnifique), qui sont impeccables tous les deux. On croit vraiment à la naissance de leur histoire d'amour.

Odile Cohen-Docteur S. est énigmatique à souhait, voix grave, visage fermé et port hiératique.
Michèle Garcia-femme de ménage et Jean-Jacques Moreau-président de société sont irrésistibles de drôlerie et de vis comica.
Deux personnages sans texte sont également interprétés par Günther Vanseveren et Roxane Le Texier. Une partition difficile, il faut tout faire passer par le regard et l'expression du visage et du corps.

Et puis, il y a Jean-Paul Farré, l'un de mes héros !
En mage Radjapour, il irradie littéralement le plateau et la salle.
Comme toujours, il est magnifique. Il est grand.
On sent sa passion du texte, de la langue, il semble mâcher ses mots comme on mâche un grand cru pour mieux le déguster.
Tour à tour drôle, émouvant, charmeur, sarcastique, un turban violet sur sa crinière blanche, il est époustouflant.
Quel comédien !

Une nouvelle fois, le Rive-Gauche m'a fait passer une bien belle soirée.
On rit, certes, mais on se pose nombre de questions, de ces interrogations qui vous poursuivent une fois sorti de la salle.

Un grand merci à vous, Melle Bourgeois, M. Schmitt, pour cet hôtel tout plein d'étoiles !

Yves POEY

Atlantico - « Du grand Schmitt »

L'AUTEUR

Éric-Emmanuel Schmitt, né en 1960 en France et naturalisé belge, est un des auteurs francophones contemporains les plus lus et les plus joués au monde. Il a été traduit en 40 langues et joué dans plus de 50 pays.
Romancier, essayiste et cinéaste, c'est aussi  un acteur clef du théâtre contemporain.

 


"Hôtel des deux Mondes", créé en 1999, à été nommé 7 fois dans le cadre de la Nuit des Molières en 2000.

THÈME

 

Cinq personnages se retrouvent dans un lieu énigmatique dont le spectateur comprend qu'il s'agit d'une escale entre la vie et la mort. Ces personnes sont en effet en état de coma et, délivrées de leurs douleurs physiques, elles attendent un départ prochain qui les enménera vers l'au-delà ou les ramènera sur terre.
Ce passage, dans cet endroit intermédiaire, dans ce lieu où reste l'espoir, va être l'occasion pour les clients de  cet étrange hôtel de faire des remises en question fondamentales sur leur façon d'appréhender la vie.
Il faut également compter sur la présence du mystérieux Docteur S, qui gère les départs vers le haut ou vers le bas. Neutre et inaccessible à l'émotion, elle contribue à étoffer la rêflexion de ses hôtes sur le sens de leurs existences.

POINTS FORTS

 

 
 - Une écriture simple et forte, à la portée de tous.
- Une mise en scène inspirée, qui parvient, avec l'appui d'une remarquable ambiance sonore et des jeux de lumières bien étudiés, à concrétiser cette atmosphère étrange et à nous balader entre le concret et l'abstrait (ou entre le réel et l'irréel).
- Des comédiens tous excellents; et tout particulièrement le mage (Jean-Paul Farré).
- Les thèmes abordés -la vie, la mort, le bonheur, l'amour-, bien que profonds, le sont avec légèreté et humour.

POINTS FAIBLES

 

Nous n'en avons pas trouvé.

EN DEUX MOTS

 

Une comédie philosophique qui inspecte les fondamentaux de nos interrogations profondes sur la vie, la mort et le sens de notre passage sur terre, à l'aune des chemins dirigés soit par le hasard, soit par la pensée et la volonté:
  - La rédemption permise par l'introspection et la remise en question de soi.
  - Et si la vie offrait à chacun une seconde chance pour réaliser ses rêves ?
  - Est-ce que notre vie nous appartient ?
  - La mort est -elle une fin ?

UN EXTRAIT

 

"La confiance, c'est une petite flamme qui n'éclaire rien mais qui tient chaud".

RECOMMANDATION : EXCELLENT

 



Publications

  • En langue Allemande, édité chez Fischer Taschenburg Verlag, en édition scolaire en français par Klett Verlag
  • En langue anglaise, édité par Methuen
  • En langue bulgare, publié par Lege Artis
  • En langue coréenne, publié par Balgunsesang Publishing Co
  • En langue française publié par Albin Michel et par Le Livre de Poche
  • En langue perse
  • En langue russe, publié par Azbooka-Atticus
  • En langue ukrainienne, publié par Anetta Antonenko

Au théâtre

  • Allemagne: Hotel zu den zwei Welten
    Traduction: Annette et Paul Bäcker
    Baden Baden, Théâtre Municipal, 2000
    Bautzen, Deutsch-Sorbisches Volktheater, 04/05
    Bielefeld, Mobiles Theater
    Burberg, Theaterwerkstatt Kempten, 2005
    Chemnitz, Theater, 2009/2010
    Francfort, Fritz Remond Theater
    Hamburg, Altonaer Theater, 05/06
    Köln, Theater der Keller, 2002
    Landesbühnen Sachsen, 04/05
    Nordtour, tournée 05/06/07
    Osnabrück, Städtische Bühne, 00/01
    Parchim, Mecklenburgisches Landestheater, 2009/2010
    Pausa, Evanglische Spielgemeinde, 2005
    Radebeul, Landesbühnen Sachsen, 2005
    Regensburg, Stadttheater, 2005
    Speyer, Theatergruppe Prisma, 2005
    Tübingen, Landestheater, 2005
    Würzburg, Mainfrankentheater
    Würzburg, Teater Ensemble, 2009
  • Belgique francophone
    Bruxelles, Théâtre Royal des Galeries, 02/03
  • Bulgarie
    Traduction: Snéjina Roussinova-Zdravkova
    Théâtre Plovdiv 01/02
    Théâtre Varna, 2001
    Théâtre Yambol, 2001
    Théâtre Penik, 2002
    Théâtre Municipal "Sofia" , 2003
  • Canada francophone
    Québec, Théâtre le Carré Magique, 2006/07
  • Danemark
    Herning, Team Teatret, 2008, 2009
  • Estonie
    Rakvere, Théâtre Municipal, 2001
  • Etat-Unis
    Traduction: John Clifford
    New York, Stages of Learning, 2005
    Californian Repertory, Edison Theatre, 2005
  • Finlande
    Lahti, Théâtre municipal, 02
    Imatra, Théâtre municipal, 04
    Kokkola, théâtre municipal, 07
    Kotlan Kaupunginteatteri, Jan 2008
  • France
    Paris, Atelier Théâtre Actuel, 00/01                                                                                                                                                                                                                                                                     Paris, Théâtre Rive Gauche, 2017
  • Grêce
    Athênes, Amfitheater, 06-07
  • Hongrie
    Budapest, Kamaraszinhaz, 2001
  • Italie: Hotel dei due mondi
    Traducteur : Miro Mayer Silvera
    Milano, Théâtre Franco Parenti, 00/01
    tournée 05-06
  • Kazakhstan
    Almaty, Théâtre dramatique Mikhail LERMONTOV, 2012
  • Pologne
    Traduction Katarzyna Skawina
    Varsovie, Scena Prezentacje, 2000-2007
  • Portugal
    Lisboa, Teatro Nacional D. Maria II, 06
  • République tchèque: Hotel mezi dvema Svety
    Prague, Th F.S. Saldy Liberec, 06-07
    Prague, Divadlo Na Fidlovacce, 2011
  • Royaume-Uni
    Londres, Union Theatre, 2006
  • Russie: Hôtel des deux mondes
    Traduction: Hélène and André Naoumoff
    Moscou, Th Soglasie
  • Suisse
    Genève, Théâtre Pitoeff, 2004