Un juif, un chrétien, un musulman
Eric-Emmanuel Schmitt

Littérature · Romans

La Secte des Egoïstes

La Secte des Egoïstes

Résumé

Et si la vie n'était qu'un songe ? et si les nuages, les oiseaux, la terre et les autres hommes n'étaient que visions de notre esprit ?

Un chercheur découvre par hasard l'existence d'un excentrique, Gaspard Languenhaert, qui soutint cette philosophie "égoïste" dans les salons du XVIIIe siècle, puis fonda une école à Montmartre où ses disciples répétaient avec lui qu'eux seuls existaient et que le monde n'était que leur fantasme. Intrigué, il abandonne ses travaux et part à la recherche de ce philosophe singulier dont une sorte de conspiration fait apparaître et disparaître les traces.

Cette enquête va l'entraîner de Paris à Amsterdam mais surtout au fond de lui-même, là où la raison se fait déraisonnable et les vertiges hallucinants.Car si l'univers n'est qu'un rêve, chacun de nous en est l'auteur, donc Dieu. La logique devient folle et, pour s'y mesurer, il fallait le talent, l'audace et l'intelligence de Eric Emmanuel Schmitt, homme de théâtre dont la pièce, le visiteur, qui a triomphé aux "Molière", est en train de faire le tour du monde.

Avec ce premier roman, il signe une œuvre d'une rare modernité qui tout à la fois surprend, dérange et fascine.

Critiques

Le Figaro - « La Secte des Egoïstes »

Renaud Matignon
C’est un roman qui se dérobe à mesure qu’on le saisit, et qui nous raconte qu’il n’a pas eu lieu, et qui s’échappe et qui déçoit et qui est fait de cette déception même.Pensez : le livre est consacré à un livre qui n’existe pas, dans un univers où n’existent que les livres. On pourrait se…

Le Monde - « La Secte des Egoïstes »

Pierre Lepape
La folie nous est aussi familière que la sagesse, et, si la démarcation était aussi évidente, on ne disputerait pas de philosophie depuis vingt-cinq siècles. Gaspard Languenhaert, le héros de la Secte des égoïstes est-il fou ? Ce philosophe de salon du début du XVIIIe siècle prétendait que lui seul existait et que le reste …

Le Point - « La Secte des Egoïstes »

Marc Lambron
Paradoxes et pastiches, cabrioles et faux-semblants...Le premier roman d’Eric-Emmanuel Schmitt retrouve les ressorts d’incertitude qui ont fait le succès de sa pièce «Le Visiteur». M. Eric-Emmanuel Schmitt, une jeune trentaine, prend le risque de voir trancher en littérature les lauriers qu’il avait récoltés au théâtre.…

Telerama - « La Secte des Egoïstes »

Michèle Grazier
Sans raison apparente un conte de la folie ordinaire, qui, pour être un premier roman ne manque ni d’audace, ni de virtuosité, ni de souffle. Intellectuel et glacé mais dérangeant. «La secte des Egoïstes», d’Eric-Emmanuel Schmitt. Un homme d’aujourd’hui, chercheur desséché et rat de la Bibliothèque nationale,…

Commentaires

« Longtemps, le roman me fit... »

Longtemps, le roman me fit peur. Je ne savais que faire de la liberté qu'il donne, je craignais qu'elle ne devînt licence. Je peinais à trouver ma mesure ; chaque feuille était déchirée par mes questions. Pourquoi consacrer une ligne à une description ? Pourquoi pas un paragraphe ? Une page ? Dix pages ? Comment régler le débit de mon encre ?

Le théâtre a ceci de bon qu'il est très contraignant : la durée d'une représentation fixe les limites d'une œuvre, la logique des situations organise les scènes, le dialogue vivant permet d'écrire tout en prévenant de trop écrire, l'angoisse d'ennuyer le spectateur fait couper dans les pages, l'absence définitive du monde et de la nature jointe à l'inutilité de les décrire concentre sur l'humain, la nécessité de donner une bonne partition à chaque acteur précise le trait. Le dramaturge rejoint le compositeur de quatuor : sa musique de chambre exige une pensée claire, une construction rigoureuse et interdit le narcissisme.

Malgré ces difficultés, je n'ai jamais songé à privilégier le théâtre par rapport au roman. Les circonstances seules en ont décidé autrement ; le théâtre me consacra si vite qu'il absorba toute mon énergie pendant quelques années, ensuite l'excessive valorisation actuelle du genre romanesque provoqua ma mauvaise humeur et, par provocation, je me fis une coquetterie de m'affirmer uniquement comme auteur dramatique.

Combien de fois ai-je entendu ces phrases : " Vous êtes un véritable écrivain, vous méritez mieux que le théâtre, quand donc nous donnerez-vous des romans ?
" Agacé, je répondais que notre époque inversait les valeurs et que pendant des siècles de Corneille à Victor Hugo, on ne valorisait que le théâtre, rappelant au passage que Balzac estimait avoir raté sa vie d'écrivain parce qu'il n'avait pas connu la consécration des planches. On me laissait poliment hurler en attendant que je me calme.

Si j'ai, aujourd'hui, l'intention de me consacrer d'avantage au roman ce n'est pas pour céder à la pression ambiante. C'est parce que j'en ai besoin car certains sujets commandent d'être des romans tandis que d'autres commandent d'être des pièces.

La secte des égoïstes est un roman philosophique, assurément, mais un paradoxal roman philosophique puisqu'il n'est pas consacré à une sagesse philosophique mais à une folie philosophique. Tous, nous avons éprouvé ce sentiment curieux : douter de la réalité du réel.
Chaque nuit, nous vivons des scènes intenses, colorées, dont le réveil, au matin, nous apprend qu'elles étaient illusion. Eveillés aussi, nous basculons parfois dans une incertitude douce nous demandant si l'univers est bien réel.

Moi-même, j'ai, vers l'âge de 20 ans, confondu souvent la vie rêvée et la vie éveillée, une habitude très embarrassante, et la lecture de Descartes, Leibniz, et surtout Berkley n'arrangea rien alors. Passant de sa forme ressentie à sa forme rationalisée, le solipsisme m'apparaissait incontournable, doctrine selon laquelle le monde, dans le rêve comme dans la veille, n'est jamais qu'une somme de sensations subjectives, que rien ne m'assure jamais de sa matérialité, qu'il n'a pas d'autre étoffe que mentale, qu'il n'existe qu'en moi et que par moi.

Tous les grands philosophes de la conscience, de Descartes à Husserl, sont passés par un moment solipsiste. Tous l'ont dépassé pour retrouver la réalité du monde.
Le solipsisme ne s'inscrit dans l'histoire de la philosophie que comme une étape vite contredite, une erreur. Il n'y a officiellement pas de philosophes solipsistes.
Or, mes lectures et mes fouilles sur le XVIIIe siècle me firent découvrir un énergumène, un penseur extravagant dont il ne reste rien sinon un nom : Gaspard Languenhaert.

Il avait soutenu, tout à fait sérieusement, que le monde n'existait que dans sa conscience, donc qu'il en était l'auteur. Surcroît de folie, il voulut fonder une école, convaincre, avoir des disciples alors qu'il professait sans doute la seule philosophie qui ne demande pas de disciples puisque les autres n'existent plus.
Il mourut à 33 ans d'une overdose d'opium.Je savais le peu que deux ou trois érudits savent ; je pouvais donc imaginer...J'ai profité de ce que, seul, le roman permet : la multiplication des "je" puis leur confusion.

La force occasionnelle du roman sur le théâtre est que le roman n'offre pas une action, mais un point de vue sur une action, voire des points de vue. Le roman, écriture de la subjectivité, permettait de traiter ce thème, les vertiges de la conscience, impossible au théâtre. Les excellentes réactions à sa parution auraient dû, pensent certains, m'encourager à écrire immédiatement un autre roman.
C'est bien ce que j'ai fait. Ce fut l'Evangile selon Pilate. Mais cela me prit huit ans.

Barcelona, Espagne, 13 Août 2000
Eric-Emmanuel-Schmitt

Publications

🌐

En allemand, chez Fischer Taschenbuch Verlag, traduction d'Inés Koebel, Die Schule der Egoisten

🌐
Arabe

publié par Les éditions du Centre Culturel Arabe

🌐
Bulgare

publié chez Lege Artis

🌐
Castillane

publié chez Ediciones Destino

🌐
Français

publié chez Albin Michel, le livre de Poche et Libra Diffusio (Gros caractères)

🌐
Italien

publié chez Europa

🌐
Néerlandaise

publié chez Atlas

🌐
Roumain

publié chez Humanitas

🌐

En russe, chez Azbuka, 2004, traduction d'Alexandre Braïlovski.

←