Madame Pylinska et le secret de Chopin

Résumé

« - Madame Pylinska, quel est le secret de Chopin ?
- Il y a des secrets qu’il ne faut pas percer mais fréquenter : leur compagnie vous rend meilleur. »

Critiques

Le Figaro - « L'éducation sentimentale d'Éric-Emmanuel Schmitt »

Pourquoi devient-on écrivain? Pour exorciser ses démons? Coucher sur le papier ce que l'on tait? Par vanité ou dénonciation? Il n'y a assurément à cette question aucune réponse exclusive. Le métier n'est pas une finalité et le livre, une destinée. Sauf, lorsqu'il nous a été demandé, comme c'est le cas pour Éric-Emmanuel Schmitt. Oublions en effet cette légende du jeune garçon, qui après avoir assisté à une représentation de Cyrano de Bergérac, voulut devenir romancier. Car l'histoire que l'on apprend dans Madame Pylinska et le secret de Chopin est toute autre. Derrière l'auteur ne se cache pas Edmond Rostand, mais une femme, professeur de piano.

Un conte autobiographique.

Anecdote étonnante? Pas vraiment. Les lecteurs de Schmitt conviendront qu'il y a dans l'écriture d'Oscar et la dame rose la nostalgie d'un musicien devenu écrivain. Quand on ouvre ses livres, c'est d'abord une partition que l'on entend. Des mots qui chantent et des notes qui glissent comme des doigts sur un clavier. Rien de surprenant donc dans le choix de l'auteur de confier, au prisme d'un conte autobiographique, l'histoire de son apprentissage du piano. Ou presque. Au-delà d'une écriture du miroir narrant le génie d'Éric-Emmanuel Schmitt, Madame Pylinska et le secret de Chopin se lit comme un hommage à la femme qui fit à l'auteur son éducation sentimentale et son initiation à la vie.

Et rien, pour ainsi dire, ne semblait plié comme du papier à musique! L'ouverture montre un petit Éric effrayé par la bête Schiedmayer, piano que se "refile" sa famille depuis trois générations. Ses prières pour le faire partir n'ont aucun effet. Pire, elles ont pour réaction, le jour de ses neufs ans, de faire jouer sa tante Aimée. Éric est prêt à fuir, quand la mélodie l'emporte. "Qu'est-ce que c'était?", demande l'enfant subjugué. "Chopin évidemment." Impossible dès lors de fuir la bête. L'enfant l'adopte et joue de tout: Bach, Mozart, Beethoven. Tout y passe. Sauf Chopin, qui "lui résiste". Mais Éric, alors entré à l'ENS, refuse de perdre la main et décide de prendre des cours particuliers avec un professeur, l'excentrique Mme Pylinska.

Les débuts sont durs. Mme Pylinska, grimée en Socrate, l'oblige à "se ressouvenir de ce qu'il a oublié" en écoutant le silence et en faisant des ronds dans l'eau avec des graines. Le cérébral Éric a du mal. Il veut se rebeller mais revient toujours, car il sait en diderotien que le bonheur et le progrès du bonheur sont liés. Quitte à laisser la Polonaise qui tient Chopin en Dieu contrôler sa vie sentimentale et, au comble du paradoxe, faire naître ce qu'il recherchait depuis toujours: l'amour.

Alice Develey

Journal de Montréal (Canada) - « Une écriture magnifiquement liée, fluide, apaisante. »

À temps pour le Salon international du livre de Québec où il est cette année président d’honneur, Éric-Emmanuel Schmitt propose ce printemps un fabuleux conte initiatique où la musique apprend à vivre et à aimer : Madame Pylinska et le secret de Chopin.

Madame Pylinska, une Polonaise tranchante et excentrique qui place l’amour de la musique au-dessus de tout, a une étrange manière d’enseigner le piano : elle tyrannise son élève.

Pour entrer dans le mystère de Chopin, elle exige que son apprenti écoute le silence­­­, cueille des fleurs à l’aube, suive le vent dans les arbres et apprenne à aimer vraiment, de tout son être. Elle enseigne ainsi que l’œuvre d’un musicien de génie peut enchanter toute une vie et lui donner un sens.

Éric-Emmanuel Schmitt assure que cette histoire excellente s’est écrite tout naturellement. « C’est un texte qui est sorti presque sans que je m’en rende compte, comme ces textes qu’on porte totalement­­­ au fond de soi. C’est sorti avec évidence », commente-t-il en entrevue, quelques jours avant son départ pour le Québec.

Le piano de son enfance

Le texte est pour une large part autobiographique. « J’ai été cet enfant ébloui par la musique de Chopin lorsque j’avais neuf ans, alors que ma sœur torturait un meuble en bois qu’ils appelaient le piano et que je fuyais. Et puis tout d’un coup, ma tante, Aimée, est venue un jour à la maison et elle a sorti du son absolument enchanteur de ce piano. Et c’est là que j’ai demandé à mes parents d’apprendre le piano. »

Après, toute sa vie, il avoue avoir cherché le secret de Chopin. « À Paris, dans les années 1980, j’ai pris des cours. J’ai rencontré une femme qui ressemblait à Madame Pylinska. Et ma tante Aimée, je raconte aussi son histoire. Cette histoire d’une femme qui a fait croire qu’elle était dissipée. En fait, elle protégeait un amour illicite qu’elle avait avec un homme et je suis le seul à qui elle avait raconté la vérité. »

Le parallèle entre l’histoire de sa tante Aimée et la musique de Chopin est très finement étudié dans le livre. « Comment vivre intensément même quand son univers réel s’est réduit ? Chopin lui offrait toute la gamme des sentiments en permanence et lui permettait de vivre comme un cœur qui palpite. »

Madame Pylinska n’avait plus d’homme dans sa vie... mais il y avait toujours Chopin, ce qui montre, comme le dit l’écrivain, « le rôle énorme de la musique, qui réveille notre sensibilité, qui nous donne des émotions, qui rend les instants intenses, comme les instants qu’on peut passer auprès de quelqu’un qu’on aime. Bref, c’est la meilleure compagnie du monde ! »

Des devoirs

Madame Pylinska donne des devoirs à son élève pianiste, lui enseignant à développer sa perception, son attention­­­ aux détails, une délicatesse. « On voit que j’étais un garçon qui allait de l’avant, d’une façon un peu brusque, dans une démarche extrêmement volontaire, et toujours une démarche de maîtrise. Et elle m’apprend à être délicat, à ramasser des fleurs sans faire tomber la rosée, à contempler le monde, le vent dans les ramures, les ronds dans l’eau. Elle m’apprend à consentir à la sensualité, à consentir à l’amour, à faire l’amour en regar­dant dans les yeux. Enfin... je ne sais pas si elle m’a appris le piano, mais elle m’a appris à vivre. »

La musique, tout naturellement, est bien présente dans l’écriture d’Éric-Emmanuel Schmitt : l’harmonie, les silences, le rythme, la musicalité des phrases. Une écriture magnifiquement liée, fluide, apaisante. « Il y a toujours ce culte de l’intimité que peut avoir un auteur avec son lecteur, que moi, j’ai appris en fréquentant Chopin. »

Marie-France Bornais

Le Parisien - « Un volume qui ne vous quittera plus! »

Ah! Ce sentiment si rare, quand on referme un volume, de savoir qu’il ne vous quittera plus. C’est le cas avec le nouveau récit d’Éric-Emmanuel Schmitt. Sa madame Pylinska, Polonaise, professeur de piano, est aussi accueillante qu’un buisson de ronces. Et imprévisible dans sa façon d’enseigner. C’est ainsi que son élève se retrouve à jeter des cailloux dans l’eau des bassins, à observer les effets du vent dans les feuilles des arbres ou contraint à chanter de l’opéra un bâillon adhésif sur la bouche. Cette fable garnie de chats, d’une araignée mélomane et d’une grande-tante adorée, est un hymne tendre et malicieux à la mélodie de vivre.

P.V.

Fykmag (Suisse) - « Lu d’une traite, avec sourire et satisfaction. »

Admiratrice de l’œuvre de Frédéric Chopin – passion accrue depuis mon voyage en Pologne* – je ne pouvais pas ne pas succomber à la lecture de Madame Pylinska et le secret de Chopin, dernier ouvrage présenté par Eric-Emmanuel Schmitt de l’Académie Goncourt.

Livre lu d’une traite. Avec sourire et satisfaction… Justesse du ton pour décrire l’intrus, trônant dans le salon, et la découverte de y-celui, le piano… Justesse du son : Beethoven se servait du piano, il ne le servait pas. Bach concevait la musique indépendamment des sons. Liszt stupéfie, Chopin enchante qui élabore autant le timbre que la mélodie et l’harmonie…  Justesse des mots : pas de Valse de l’Adieu, mais Valse opus 60 N°1. Ni Le Petit Chien, mais la Valse opus 64 N°1. Ni Tristesse, ni La Goutte d’Eau…

Justesse de l’apprentissage : j’ai appris à jouer du piano avec une pièce de monnaie au centre troué, un fil passant au travers et noué au poignet. La pièce ne devait pas tomber pendant mes exercices. Madame Pylinska, elle, suggère, entre autres, la cueillette de pâquerettes à l’aube en évitant de laisser s’échapper les perles de rosée…Conseils, monologues et dialogues qui éviteront au jeune Éric-Emmanuel Schmitt de briser de l’ivoire.

Apprentissage de la vie et de l’amour


Agréable lecture de ce conte initiatique, plein d’intelligence et d’humour, qui permet également de mieux ou de re-découvrir la musique, Chopin, Liszt, Schubert, Wagner, Pavarotti, La Callas et les autres… à travers les leçons  données par une professeur excentrique. Sans oublier Alfred Cortot, Rachmaninov, Rubinstein et Horowitz…

Françoyse Krier

Classiquenews (Canada) - « Un livre admirablement écrit. »

Au moment du Salon du livre de Paris (mars 2018), un auteur d’un rare finesse musicale, Eric Emmanuel Schmitt, EES, après Bizet (et le charme de Carmen), après Mozart (en son envoûtement émotionnel, dans les Noces, de Beaumarchais à Da Ponte), s’immerge dans les arcanes musicales les plus subtiles, tout en revisitant un passé qui l’a marqué. Voici le piano ensorcelant et enivrant de Frédéric Chopin, comme dans un rêve que l’on aimerait toujours vivre et jamais quitter.
Dans un style d’une grande tendresse, plein de délicatesse suggestive, EES façonne et précise peu à peu la figure de l’héroïne, son professeur de piano, « Madame Pylinska », elle même polonaise comme le compositeur et pianiste romantique, qui pour ses 9 ans, lui enseigne la magie de Chopin, … c’est une transmission qui s’ignorait, l’école du sentiment et de la sensibilité restituée à la lumière, pour le plus grand plaisir du lecteur (et celui probablement de l’auteur)… EES, 30 ans plus tard renoue avec ce passé révélateur, retrouve la trace de sa vieille professeure, riche d’un bagage qu’il apprend au moment de la narration à mesurer, comprendre, déchiffrer : le secret de Chopin… à travers la vie de la musicienne se dévoile le sens d’une existence terrestre, dans l’ombre, humble et solitaire ; une petite vie, frustrée, mais intérieurement riche et libérée par le pouvoir incantatoire, transcendant de la musique chopinienne; une vocation intérieure, une seconde vie, épanouissante, double, profondément tue et tenue secrète.

Ivresse chopinienne 

Les pages sur la musique de Chopin et ce qu’elle produit sur l’âme qui en sait recueillir le nectar immortel sont les plus belles (page 103 et suivantes), celles d’un livre court, admirablement écrit ; plein de pudeur et d’entente complice, – entre l’écrivain et son lecteur, entre l’élève et son professeur, entre le mot et l’image musicale… rares les écrivains qui sont aussi mélomanes. Les grands compositeurs font parler la musique. Les écrivains de talents font vibrer et chanter leurs mots. EES réussit tout cela avec une intelligence et une sensibilité poétiques, où le texte devient conte, il résonne et chante, par sa justesse de page en page.

 

Ernst Van Beck

Classica - « Un récit de souvenirs, à la fois tendre et didactique. »

Avec la fraîcheur, la limpidité et l'aptitude à l'émerveillement qui ont fait son succès, Éric-Emmanuel Schmitt ouvre un nouveau chapitre musical de sa vie. Celui de ses années d'étudiant à Normale Sup, quand un jour, se remémorant un choc éprouvé, garçonnet, par une page de Chopin interprétée par sa vielle tante Aimée, il entreprend de se remettre au piano. Et le jeune homme de découvrir les secrets du compositeur, en compagnie d'une professeure polonaise exentrique, vivant au milieu de ses chats, une certaine Madame Pylinska... L'initiation commence, qui ne sera pas de tout repos. Après Ma vie avec Mozart  et Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent, voilà un joli récit de souvenirs, à la fois tendre et didactique.

 

Jérémie Rousseau

Publikart - « Une jolie leçon de vie. Un joli conte initiatique. »

Vous aimez le piano ? Vous aimez plus particulièrement Chopin ? Alors ce livre est fait pour vous ! Surtout si vous appréciez son auteur, Eric-Emmanuel Schmitt. Car, comme souvent, l’auteur se raconte.

Alors qu’il était étudiant, Eric-Emmanuel Schmitt a suivi des cours de piano avec Madame Pylinska, une polonaise. Des cours plus qu’originaux où l’élève a découvert les petits secrets de la vie qui lui ont ensuite permis de se lâcher sur Chopin et de le jouer à merveille, avec toute sa sensibilité. Elle lui a appris à développer tous ses sens, sans rien faire de très spécial, si ce n’est prendre son temps pour écouter, même le silence. Grâce à elle, l’auteur est devenu un très bon amant… On n’a pas testé, mais on le croit volontiers !

Des cours de piano qui peuvent servir à chacun d’entre nous, même sans piano ! Une jolie leçon de vie. Un joli conte initiatique.

Comme toujours, on aime les histoires écrites par Eric-Emmanuel Schmitt, mais cette dernière, on la trouve super mais vraiment trop courte (cela nous rappelle La vengeance du pardon qui était un recueil de quatre nouvelles). On attend donc le prochain roman de Eric-Emmanuel Schmitt  que l’on puisse savourer durant plusieurs heures !

Bénédicte de Loriol

Trends-Tendances - « Pour moi, l’ambition est humble. »

A l’invitation de « Trends-Tendances », le patron de la Sonaca a lu le dernier roman d’Eric-Emmanuel Schmitt, « Madame Pylinska et le secret de Chopin ». Les deux hommes se sont ensuite retrouvés pour un déjeuner étoilé, histoire d’échanger leurs points du vue sur la littérature, le coaching, la musique, l’ambition et le management. 

Morceaux choisis. 

 A neuf ans Eric-Emmanuel Schmitt a été ébloui par la grâce de Chopin. L’écrivain franco-belge le raconte aujourd’hui dans un nouveau roman qui fait la part belle à l’apprentissage de la musique et, surtout, de la vie. Passionné de rock et de littérature, Bernard Delvaux ne pouvait pas rester insensible à Madame Pylinska et le secret de Chopin. Nous avons donc invité le CEO de la Sonaca à se perdre dans le dernier livre d’Eric-Emmanuel Schmitt et à débattre avec l’auteur prolifique à la table de l’Ecailler du Palais Royal à Bruxelles. 

BERNARD DELVAUX. C’est un livre qui se lit très vite. C’est un livre qu’on ne lâche pas. Je l’ai lu dans l’avion et je ne me suis pas arrêté. On se laisse vite prendre par l’histoire et les personnages. L’écriture est belle, comme toujours. Ce qui est intéressant, évidemment, c’est le décalage entre ce personnage qui s’attend à avoir un cours de piano bien structuré et ce que son professeur lui enseigne. Il découvre sa propre sensibilité et surtout qu’il n’est peut-être pas fait pour jouer du Chopin. Il est fait pour écrire. Toute proportion gardée, je suis assez convaincu qu’on est bon dans certaines choses et pas dans d’autres... 

ERIC-EMMANUEL SCHMITT. On partage cette conviction. Je crois beaucoup à la phrase du poète grec Pindare qui disait : « Deviens ce que tu es lorsque tu en as pris conscience».On arrive tous dans la vie avec avec des désirs, des éblouissements, des admirations, et on a envie d’être « comme ». Mais il ne faut pas être « comme », il faut être soi et puis, surtout, essayer d’être le meilleur de soi. Et donc, oui, je crois vraiment que le trajet qu’on doit faire dans la vie, c’est de découvrir ce pourquoi on est fait, ce pour- quoi on est bon. Parce que ce sont parfois les autres qui nous l’apprennent. Nous, on se rêve ; les autres nous diagnostiquent. Dans ce livre, je raconte l’initiation à la musique, mais qu’on apprenne le piano, le violon ou le tir à l’arc, on fait toujours plus qu’apprendre le piano, le violon ou le tir à l’arc. On apprend à se connaître, on apprend ses qualités, on apprend à se dépasser... Un apprentissage passionné est révélateur de soi. 

 

B.D. D’où l’importance du coach. En entreprise, c’est la même chose. On a tous besoin d’un mentor, d’un coach... 

E.-E.S. Vous en avez eu? 

B.D. J’ai eu des mentors, oui. Pas des mentors que j’avais choisis, mais des mentors qui se sont imposés à moi, des patrons qui, à un certain moment de ma carrière, m’ont guidé. Chez McKinsey, j’ai rencontré des gens qui m’ont vraiment appris à communiquer et à mettre de l’ordre dans mes idées comme Laurent Levaux, par exemple. A l’époque de Belgacom, j’ai travaillé pour John Gossens qui était un personnage charismatique et qui m’a dit un jour : « Réussir dans le business, c’est de la chance, que de la chance ». Il l’a dit deux semaines avant de mourir brusquement d’une crise cardiaque. Cela m’a mar- qué. Un autre mentor, d’un point de vue business, a été Johnny Thijs que j’ai fréquenté pendant cinq ans à La Poste. Donc, oui, ce sont des gens qui ouvrent l’esprit sur une autre façon de vivre sa vie, sa carrière et qui font découvrir ce qu’on aime faire ou ce qu’on fait bien. 

E.-E.S. Oui, mais un mentor, c’est celui au service duquel on se met et qui nous fait grandir, tandis qu’un coach, il se met à notre service pour nous faire évoluer... 

B.D. Oui, c’est vrai qu’avec le coach, il y a une relation commerciale parce qu’on le rémunère pour le service qu’il nous rend. Moi, j’évoque davantage mes men- tors qui étaient mes patrons et qui avaient une sorte de séniorité... 

E.-E.S. Et qui vous payaient (rires)!


B.D. Oui, tout à fait! C’est d’ailleurs ce que j’ai retrouvé dans votre livre : une personne qui a un point de vue différent et c’est typiquement ce que j’ai ressenti avec John Gossens lorsque je lui demandé, à 35 ans, comment je devais gérer ma carrière. Il m’a répondu que je ne devais pas raisonner en ces termes-là et il m’a dit: «Fais d’abord ce tu aimes parce que c’est ce que tu fais bien ». J’ai trouvé cette réflexion intéressante parce qu’on ne pense pas à ça quand on a 35 ans... 

TRENDS-TENDANCES. Aujourd’hui, Bernard Delvaux, vous êtes «à votre place»? Vous avez trouvé ce que vous aimez faire?


B.D.
Je pense qu’en tant qu’être humain, heureusement, on évolue. On évolue dans ses compétences, parce qu’on travaille aussi ses points faibles. On évolue dans sa curiosité, parce qu’on a toujours envie de découvrir des nouvelles choses. Moi, j’ai eu de la chance, dans toute ma carrière professionnelle, de passer par des industries très différentes et de voyager. Je ne pense pas qu’on puisse dire à mon âge, à 52 ans: «J’ai tout vu, je suis heureux, j’ai réussi». Non, j’ai encore plein de choses à découvrir!


Eric-Emmanuel Schmitt, vous connaissez la Sonaca, le monde économique belge et ses entreprises?
E.-E.S.
(Large sourire et hésitations) Je sais que ces choses-là existent, je souhaite qu’elles se portent bien et j’admire les gens qui déploient leur talent dans ce domaine. Véritablement. Ce sont des modèles qui m’intriguent. La part de création, d’opiniâtreté et de leadership me fascine dans toutes ces entreprises. Mais je ne les vois que comme ça. Je ne les vois pas en termes économiques. C’est l’élément humain qui me parle. Chaque fois que je peux rencontrer des entrepreneurs, j’essaie toujours de comprendre, par admiration, et de pratiquer l’empathique habituelle...
Les CEO peuvent être de bons personnages de roman ?
E.-E.S.
Clairement ! J’ai déjà mis des hommes politiques dans mes romans, mais pas encore d’entrepreneurs. Mais attendez, je suis comme lui, je débute (éclats de rire) ! Ce qui me plaît dans les métiers comme le vôtre, c’est qu’il y a une obligation de sincérité pour réussir. L’entourloupe, ça ne dure pas long- temps. Le mensonge ne produit pas du réel. En revanche, chez les hommes politiques... (rires). Et puis, l’optimisme me paraît aussi une vertu fondamentale que notre société oublie, sauf les entrepreneurs et les managers. Parce que, aujourd’hui, les gens vivent optimistes et parlent pessimistes. Et en France beaucoup plus qu’en Belgique! 

B.D. On parle pas mal du défaitisme français, mais je trouve que ça change, quand même. Depuis Emmanuel Macron, je trouve qu’il y a une évolution extraordinaire. Je ne juge pas Macron ici, je dis simplement que ce qu’on entend aujourd’hui en France est différent en termes d’optimisme. 

E.-E.S. Complètement ! Et il était temps. Je pense qu’il y avait un deuil à faire. La France devait faire le deuil de la grande puissance qu’elle avait été, y compris coloniale. Il y avait des trucs à digérer et main- tenant c’est fait. Elle a compris qu’elle peut être un pays de moindre importance, mais très dynamique. C’est générationnel aussi. Je dirais que Macron n’en est pas l’auteur, mais il incarne tout ça. 

B.D. C’est frappant notamment dans l’évolution du langage, même dans le monde des affaires où les Français étaient auparavant très défaitistes. On sent qu’il y a un nouvel optimisme et tout semble aujourd’hui possible. Cette dimension de l’ambition, que ce soit pour un pays ou pour une entreprise, c’est extrêmement important. Un pays ou une entreprise qui n’a pas d’ambition est incapable de grandir. 

E.-E.S. Il y a une image très fausse de l’ambition. Pour moi, l’ambition est humble. L’ambitieux, c’est celui qui pense qu’il n’est jamais arrivé. C’est celui qui se dit : « Je peux faire mieux ». Dans l’ambition, il y a beaucoup d’humilité.


L’ambition, Monsieur Delvaux, c’est par exemple racheter une entreprise qui a la même taille que la vôtre, comme vous l’avez fait l’année dernière ? 

B.D. Oui, nous sommes fournisseurs de carrosseries d’avion et nous étions surtout présents chez Airbus, Dassault, Embraer... On ne parvenait pas à vendre aux Américains parce que les Américains achètent américain. Et donc, on s’est mis en tête qu’il fallait acquérir une activité américaine d’une certaine importance pour pouvoir vendre à Boeing et à Gulfstream. Donc, nous avons décidé, il y a un an, d’acheter une entreprise américaine cotée en Bourse, LMI Aerospace, ce qui nous a permis de doubler de taille et d’avoir aujourd’hui un portefeuille équilibré de clients entre Boeing, Airbus, Bombardier, Dassault, Embraer, Gulfstream, etc. C’est un très beau porte- feuille, mais ça reste une aventure parce que, culturellement, c’est terriblement différent, beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Et vous, quelle est votre ambition? 

E.-E.S. (Silence) Mon ambition, elle a déjà été comblée deux ou trois fois. C’est quand certains de mes livres ont une existence autonome, c’est-à-dire qu’ils appartiennent aux gens. Le fait qu’ils se lisent et qu’ils se transmettent ne tient plus à moi. Cela se fait tout seul. C’est quand un livre circule comme une chanson et ça, ça me rend très heureux. C’est déjà arrivé. 

B.D. L’ambition pourrait être: «Je veux laisser une trace derrière moi, je veux être lu dans 200 ans»...
E.-E.S. Non. Pour moi, les livres sont utiles. Lire un livre, ça doit servir à quelque chose, ça doit rendre le lecteur plus sensible, plus tolérant, plus curieux. Cela peut aussi l’aider à régler un problème personnel parce qu’il y a une phrase qui, tout d’un coup, l’inspire. Pour moi, un livre, ça aide à vivre. Ce n’est pas un objet de musée qui doit être admiré. C’est plus charnel. C’est plus essentiel. L’avantage d’un livre, c’est de jouer sur l’émotion et d’amener les gens dans des territoires où ils n’iraient pas sans l’émotion. Si j’écris un manifeste de philosophie sur la tolérance, qui va le lire ? Cinquante per- sonnes qui sont déjà tolérantes puisqu’elles lisent un livre sur la tolérance et puis il va peut-être être acheté par 500 universités ? En revanche, si vous écrivez une histoire comme Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran où vous prenez le lecteur par la main et vous l’emmenez dans un territoire affectif, spirituel, existentiel où il ne serait pas allé sans vous, là vous apportez quelque chose et j’ai l’impression de faire mon travail. Donc, l’ambition a été satisfaite parce que je sais que certains livres apportent quelque chose et tant mieux si ça continue. 

B.D. On a parfois l’ambition, l’envie d’avoir un impact positif sur son environnement et c’est ça qui compte le plus. Est-ce en créant de l’emploi, en générant de la valeur ou, simplement, en ayant une aventure collective en équipe avec des succès, des échecs, mais surtout des enseignements? Moi, c’est ça qui me motive : c’est l’impact sur mon environnement. Ce n’est pas la reconnaissance publique ou la postérité. C’est plutôt de me dire que je suis en train de faire bouger les choses autour de moi et j’ai l’impression qu’on va dans le bon sens. 

E.-E.S. Vous savez, la reconnaissance, si on la cherche, on en a jamais assez. Il faut laisser ça de côté. J’aime beaucoup votre discours et je m’y reconnais aussi. 

Avoir un impact positif sur l’environnement, on peut le faire de manière économique, mais on peut aussi le faire d’une façon politique... 

B.D. Je ne veux pas être négatif, mais je trouve que pas mal de pays européens, dont la France et la Belgique, sont en train de se faire larguer. Quand on voit ce qu’il se passe en Asie, on se rend compte que ces pays évoluent à toute vitesse et que nous n’évoluons pas à la même vitesse. Donc malheureusement, dans le système économique où l’on se trouve, cela veut dire qu’on va s’appauvrir et ce n’est pas nécessairement une perspective très joyeuse. Moi, je suis de ceux qui disent qu’on a tous les atouts pour faire en sorte de gérer cette transition d’une façon harmonieuse et proactive pour en sortir plus forts. C’est vrai que j’ai parfois une énorme frustration par rapport au rythme de transformation de notre société, a fortiori en Belgique où le système politique est particulièrement compliqué et n’est pas conçu pour gérer le changement. On a une lasagne institutionnelle qui n’est pas adéquate et c’est vrai qu’il m’arrive de m’ex- primer sur le sujet. Est-ce pour cela que je dois faire de la politique ? Non. Je ne crois pas que je pourrais m’intégrer dans l’environnement politique tel qu’il est conçu aujourd’hui, mais je crois quand même qu’on peut influencer et dire qu’on a besoin de rêver en tant que société et en tant que pays. Donc, je me limite à essayer d’inspirer et à donner des impulsions. 

E.-E.S. La différence, c’est que vous êtes le héros de votre propre roman, tandis que moi, je fais des romans avec des héros qui ne sont pas moi. Vous, dans le réel; moi, dans le virtuel. 

La lecture d’un livre peut-elle être inspirante pour un manager dans son quotidien ?


B.D.
Moi, je n’aime pas trop la littérature de management avec tous ces bouquins qui vous disent comment vous devez faire... 

E.-E.S. Attention, ça, c’est plutôt de l’édition que de la littérature ! 

B.D. (Rires) Oui ! Honnêtement, je n’aime pas ça. Alors, parfois, on m’en offre en me disant «Tu dois absolument lire ça, c’est vraiment bien ! ». Mais je n’y arrive pas. Moi, quand je quitte mon travail, j’ai envie d’autre chose. J’ai envie justement d’un autre monde et je trouve cela très souvent dans les romans. Je lis beaucoup, mais pour répondre à votre question, je n’ai pas l’im- pression que cela influence directement mon management. Je pense que cela m’influence en tant qu’être humain, dans ma sensibilité, dans ma compréhension des autres, dans ma psychologie et dans une certaine philosophie de la vie. Donc, cela peut m’influencer en tant que manager, oui, mais très indirectement. En tout cas, la lecture m’apporte un équilibre. 

E.-E.S. Et quels sont vos autres ressourcements ? 

B.D. A part la lecture, il y a la musique et le sport: le tennis et le golf. Et aussi Marrakech. J’aime beaucoup Marrakech. Côté musique, c’est plutôt le rock... 

E.-E.S. Ah oui ? 

B.D. Je suis un grand passionné de rock. J’écoute sans doute une centaine de nouveaux albums chaque année, mais je suis incapable de jouer de la musique. Je suis un frustré à ce niveau-là parce que je n’ai jamais pu en jouer pour des raisons familiales. Mais je n’ai jamais essayé en fait…


E.-E.S. Il y a parfois des renoncements pour être soi-même. Le rock, je ne connais pas tellement. Moi, j’écoute des trucs qui ont 400 ans…


B.D. Et vous, quel genre de livres lisez- vous ?


E.-E.S. Moi, je suis un lecteur qui a changé parce que je suis rentré à l’Académie Goncourt il y a deux ans. Avant, je lisais essentiellement des classiques du monde entier, des auteurs morts et je les relisais. Aujourd’hui, je suis obligé de lire mes contemporains et j’en suis ravi parce que, d’abord, je découvre qu’il y a beaucoup plus de talents que ce que j’imaginais et, ensuite, je vois des gens qui poursuivent des objectifs totalement différents dans leur livre que ceux que je peux poursuivre. Pour attribuer le Goncourt du mois de novembre, on doit lire, l’été, entre 80 et 100 livres. Et puis après, il y a le Goncourt du premier roman, le Goncourt de la nouvelle, le Goncourt de la poésie, le Goncourt de la biographie...
B.D. Full time job!
E.-E.S. Pour certains, oui, comme Bernard Pivot, par exemple, qui a plus de 80 ans. Mais pour les plus jeunes comme Philippe Claudel, Virginie Despentes et moi, les quinquagénaires du lot, c’est en plus de notre œuvre.
Mais où trouvez-vous le temps ? Entre l’écriture des romans, les voyages, le théâtre, la promotion...
E.-E.S.
Le philosophe Spinoza disait : «La joie décuple le pouvoir de faire».Bien sûr, il y a toujours des aspects emmerdants dans chaque métier, mais je crois que quasiment tout ce que je fais, je le fais avec joie et ça me donne l’énergie de le faire. C’est comme si la joie produisait de l’énergie et du coup, la joie aménage le temps... 

B.D. Y a-t-il un auteur que vous auriez voulu être ? Un auteur qui vit toujours... 

E.-E.S. Je vous aurais dit Michel Tournier, mais il est mort il y a deux ans. J’ai une passion totale pour Michel Tournier. Il y a un autre auteur qui me fascine beau- coup et j’ai vu que vous l’aimiez aussi, c’est Stephen King. C’est pour moi l’exemple d’une vitalité créative absolument prodigieuse. Je ne suis pas forcément preneur de tout, mais j’adore ses nouvelles.


B.D. Il a quelques livres vraiment fabuleux.


Nous avons évoqué le monde de l’entreprise. A ce propos, Eric-Emmanuel Schmitt n’était-il pas devenu une marque et vous-même un homme d’affaires « malgré vous » ? 

E.-E.S. Non, au sens où je me suis entouré de gens compétents qui s’occupent de mes droits, de mes contrats et de synchroniser les actions parce que je suis quand même présent dans une cinquantaine de pays et que je voyage beaucoup, donc ça fait du boulot. Ils s’en occupent très bien et cela me permet justement de consacrer plus de temps à l’écriture et à la création. Quand je suis avec toute cette équipe, j’ai l’impression d’être un enfant qui fait semblant d’être un adulte parce que, au fond de ma tête, je suis juste en train de me dire: « Alors, comment vais-je articuler la fin de la scène ? » Mes obsessions sont créatives et narratives. 

B.D. Il faut vraiment faire confiance... 

E.-E.S. Parfois, je me suis trompé. J’ai fait confiance à mauvais escient. Mais ce n’était pas de la confiance, c’était de la paresse. Alors, maintenant, suis-je devenu une marque ? J’ai découvert que j’étais devenu une marque le jour où mon éditeur m’a proposé un nègre. C’est très amusant parce que c’est un problème de riches. J’avais plusieurs idées et j’hésitais entre différents projets. Mon éditeur m’a alors dit : « Vous savez, Eric-Emmanuel, si vous avez un souci, vous nous racontez l’histoire, quelqu’un l’écrit et vous la relisez. Parce que vous êtes une marque et que l’on sait que l’on vendra un minimum de X exemplaires». J’ai été à la fois extrêmement flatté et extrêmement vexé. Extrêmement flatté parce que, finalement, je représente quelque chose, du moins pour un éditeur. Et extrêmement vexé parce que je me disais : « Mais comment quelqu’un peut-il prétendre écrire à ma façon ? », alors que j’ai justement forgé cette façon d’écrire qui a l’air très simple, mais la simplicité, comme vous le savez, ce sont les difficultés résolues. Cela prend beaucoup de temps d’arriver à l’évidence. Il faut la travailler. 

B.D. Moi, ce qui me frappe chez vous, c’est la manière dont vous parvenez à vendre les mêmes produits dans 50 pays qui sont fondamentalement et culturellement différents. Dans le monde l’entreprise, on tient compte de ces différences culturelles entre les pays, les équipes et les clients. On enseigne d’ailleurs cela dans les écoles de management : comment on gère différemment les Etats-Unis, la Chine ou le Brésil avec des valeurs et des psychologies qui sont profondément différentes. Mais vous, comment faites-vous ? 

E.-E.S. Ce ne sont pas les mêmes livres qui rencontrent le succès. 

B.D. Ah, ça, c’est intéressant.
E.-E.S. Oui, ça donne raison à ce que vous dites. Par exemple, en Allemagne, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran a rencontré un énorme succès. Il a été pendant un an et demi en tête de liste du Spiegel et il est maintenant utilisé dans les écoles. Pourquoi ? Parce que Monsieur Ibrahim est Turc et que, en Allemagne, il y a 6 ou 7 millions de Turcs qui tiennent généralement les épiceries de quartier. Et donc, tout d’un coup, ce discours de tolérance et de rencontre entre l’enfant juif et l’épicier musulman, c’était pour eux une espèce de pamphlet utile et nécessaire. En Pologne, il n’y a pas cette réalité sociale et même si le livre a fonctionné, il n’a pas été un immense succès. En revanche, Oscar et la dame rose a très bien marché là-bas, comme en Italie, parce qu’il y a la présence du christianisme. En Russie, ce sont davantage mes pièces de théâtre qui sont appréciées. Là-bas, je suis idolâtré en tant qu’auteur de théâtre. En Corée du Sud il y a 30% de chrétiens et j’y suis entré avec L’Evangile selon Pilate... 

B.D. Et donc les pièces de théâtre sont traduites dans la langue locale ?
E.-E.S. Oui.
B.D. Et comment assure-t-on l’authenticité et le respect des éléments clés ?
E.-E.S. On s’en rend compte trop tard, quand on est dans la salle. Si les gens rient au même endroit, on se dit alors que c’est très bien traduit. En fait, j’écoute la salle et je regarde si les réactions sont les mêmes. Mais ce que je découvre, au-delà des divergences, c’est comme une vérification expérimentale de mon humanisme. Je pense que l’homme, quelle que soit l’époque et quel que soit le lieu où il vit, n’est certes pas toujours confronté aux mêmes problèmes économiques et sociétaux, mais il est toujours confronté aux mêmes problèmes existentiels et métaphysiques. 

 

FRÉDÉRIC BRÉBANT

Wukali - Votre magazine des arts en ligne - « Un Eric-Emmanuel Schmitt séducteur, tendre et profond, excellent ! Un vif plaisir de lecture. »

Ce n’est pas ici que je vais expliquer le plaisir que l’on éprouve souvent à lire un livre d’Eric-Emmanuel Schmitt et encore moins qui est cet auteur tant son œuvre aussi bien théâtrale que romanesque est importante tant en quantité qu’en qualité. Soit, comme pour n’importe quel grand écrivain, parfois, il y a un élément de cette œuvre qui n’est pas à la « hauteur » de cet ensemble. Et c’est toujours avec cette sorte de petite crainte que je commence un livre de cet auteur. Si je ne l’appréciais pas, soyez bien certain, je n’aurais pas cette sorte d’appréhension.

Voilà, j’ai lu Madame Pylinska et le secret de Chopin et je suis ravi, heureux, tant on retrouve tout le réel talent d’Eric-Emmanuel Schmitt. Il faut dire que ce court roman, cette fable fait partie du « cycle de l’invisible » (c’est le septième opus de ce cycle) qui est composé en outre par Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran ou Le sumo qui ne pouvait pas grossir, ce qui est une certitude de qualité.

Difficile, pour ne pas dire impossible de résumer cette lecture, tout au plus peut-on dire que le jeune Eric-Emmanuel Schmitt à cause de l’interprétation de sa grand tante Aimée d’un morceau de Chopin veut apprendre le piano. Jouer Bach, Mozart, Debussy ou Ravel ne lui pose aucun problème, mais Chopin lui est en quelque sorte hermétique : il joue mais obtient une série de notes et non un univers musical. Étudiant à l’École normale, il va prendre des cours de piano avec une réfugiée polonaise Madame Pylinska. Le moins que l’on puisse dire c’est que ses méthodes d’enseignement sont très originales : il ne doit pas toucher un clavier, mais regarder le vent dans la cime des arbres du jardin du Luxembourg, écouter le silence ou cueillir des fleurs le matin sans renverser une goutte de rosée, faire l’amour en passant plus au plaisir de sa partenaire qu’au sien. Alors, ce n’est qu’après avoir surmonté toutes ces épreuves qu’il comprend ce que voulait dire Aimée qu’en elle déclara après avoir joué : « Chopin, évidemment ».

Nous assistons à une fable sur la musique et la vie, la musique qui devient pour celui qui veut l’écouter et la comprendre un vrai passeur à l’âge adulte, il permet une vraie initiation à la vie. Comment ne pas penser à la flûte de l’opéra de Mozart. Ici, c’est Chopin et son piano qui permet ce passage. Et il est difficile, car il demande du travail. Le problème d’Eric-Emmanuel Schmitt était, comme lui dit dès la première leçon Madame Pylinska , c’est qu’il fait « des notes, pas des sons ». Savoir aller au-delà de la technique, des séries de notes pour aller dans les sons qui nous amènent dans un vrai univers de plénitude et de communion avec toute l’humanité.

Madame Pylinska apprend la vie, la vraie vie à travers ses leçons, à travers l’œuvre de Chopin et la façon doit il faut savoir l’interpréter pour comprendre son message. Soit, le chemin qu’elle l’oblige à emprunter est loin d’être droit, mais c’est parce qu’il a su faire des pas de côté qu’il a pu atteindre son but. Sans eux, jamais il ne l’ aurait atteint.

Une petite leçon de vie de Madame Palynska pour finir : « Si vous couchez avec une femme qui appartient à votre genre, le genre qui vous émoustille, vous couchez avec le genre, pas avec la femme. Ça reste superficiel, peau contre peau, une autre la remplacera. Sand n’incarnait pas le genre de Chopin, et Chopin le genre de Sand : ça ne pouvait donc que marcher entre eux. Et aller loin. » Seul un grand écrivain peut ouvrir si naturellement nous ouvrir les yeux.

Un très grand Eric-Emmanuel Schmitt.

Émile Cougut

Le Pèlerin - « Un livre dont la lecture vous fait grandir. »

Se couche sous un piano les bras en crois, cueillir des fleursà l'aube sans perdre une seule goute de rosée, faire l'amour, les yeux dans les yeux, jusquà tomber amoureux... l'excentrique professeure polonaise du jeune Eric-Emmanuel Schmitt aurait-elle perdu la tête? Au fil de ses cours hors norme qui éloignent son élève du clavier, la méthode insolite de Madame Pylinska se révèle être un chemin initiatique. Pour jouer Chopin, il faut faire fi de la technique, apprendre à s'abandonner corps et âme à son mystère.

Dans son tout nouveau conte du "Cycle de l'invisible", l'écrivain explore l'indécible de la musique. Entremêlant le réel et l'imaginaire, l'énigme d'une tante mélomane et le génie insondable de Chopin, l'auteur reconcilie son rêve d'enfant musicien et son parcours d'écrivain. Car si Eric-Emmanuel Schmitt compose désormais ses textes "piano fermé", c'est grâce à ce que Chopin lui a appris. " Comme le grand musicien, j'écris dans l'intime et le murmuré.

Dans son sillage, je trace des phrases cousues de silences, je cherche la douceur du son, la nuance. j'écris sans faire tomber des perles de rosée, en respectant le mystère."

Car le romancier arrive à la même conclusion que le croyant:"Il y a des secrets qu'il faut fréquenter sans vouloir les percer: leur compagnie nous rend meilleur." De même, il y a des livres qu'il ne faut pas trop expliquer, mais dont la lecture vous fait grandir: Madame Pylinska et le secret de Chopin en font partie.

Catherine Lalanne

ResMusica - « Éric-Emmanuel Schmitt, un bon conteur chez qui les images sonnent justes. »

Après Beethoven (Kiki Van Beethoven) ou Mozart (Ma vie avec Mozart), Chopin est au centre du dernier roman autobiographique d’Éric-Emmanuel Schmitt.

Le jeune Éric-Emmanuel connaît une épiphanie en entendant sa tante jouer Chopin sur le piano de famille. Devenu étudiant, il décide de prendre des leçons pour apprendre à jouer Chopin, chez Madame Pylinska. Personnalité excentriquesa pédagogie passe par des recommandations peu pianistiques (« Cette semaine […] vous apprendrez à cueillir les fleurs sans faire tomber la rosée »), par des considérations musicales sérieuses – mais souvent factices, par exemple sur les mérites comparés de Liszt et Chopin – ou drôles (délicieuse parodie de la scène du nez de Cyrano de Bergerac). Grâce à l’intransigeante Madame Pylinska, le narrateur suit un parcours initiatique jusqu’au « secret de Chopin », mais également à la découverte de l’amour et de sa vocation littéraire, non sans évoquer l’issue de la Recherche du temps perdu, œuvre à laquelle l’auteur fait allusion à plusieurs reprises : le voyage à Cabourg évoque Balbec, l’auditeur déconcentré par une araignée suspendue au-dessus de la pianiste rappelle la « bougie tressautant à chaque fortissimo » sur un piano pendant un concert (Du côté de chez Swann).

Ce n’est pas la première fois en littérature et au cinéma que la leçon de musique devient une leçon de vie avec, au centre, la figure du professeur (Tous les matins du mondeLa leçon de pianoWhiplash…). Ici, l’enseignement de Chopin passe par l’attention au monde et à son propre corps, et pousse à dépasser l’opposition stérile entre virtuosité et sensibilité, envisagée par l’intellectuel. Une pédagogie somme toute pas si excentrique. Nous pouvons rêver d’un roman dans lequel cette réflexion soit plus poussée (peut-être au détriment du rythme de la narration ?), ou servie par des images parfois moins convenues, pour décrire la dimension charnelle autant que spirituelle de l’apprentissage pianistique et son articulation complexe avec ses exigences matérielles. Mais le héros nous le dit simplement : « Je ne veux pas jouer bien, madame, juste jouer mieux. » Éric-Emmanuel Schmitt reste un bon conteur chez qui les images sonnent justes et sans mièvrerie.

Agnès Simon

Le Soleil (Canada) - « Madame Pylinska et le secret de Chopin »

Même si Madame Pylinska et le secret de Chopin parle de musique, il s’agit surtout d’un livre sur l’arrivée de l’écriture dans la vie d’Éric- Emmanuel Schmitt, président d’honneur du Salon du livre de Québec.

On le connaissait grand mélomane, amateur de Mozart et de Beethoven entre autres. Voilà qu’Éric- Emmanuel Schmitt nous arrive avec Chopin, «Chopin, évidemment », pourrait- on dire à l’image de cette tante Aimée qui l’a introduit au compositeur polonais quand il avait neuf ans.

À l’époque, le président d’honneur du Salon international du livre de Québec (SILQ), qui s’ouvrait mercredi, abhorrait le piano, «ce bahut que tourmentait ma soeur et qui tourmentait mes oreilles parce que ma soeur n’était pas très douée pour le piano», rigole-t-il. Quand sa tante, lors d’un anniversaire, en tira du Chopin, « tout d’un coup c’est devenu un instrument miraculeux qui produisait de la lumière, de l’émotion, de la sérénité, de la fragilité», poursuit-il.

Il n’en fallait pas plus pour lancer le jeune Schmitt sur le chemin de la musique, et celui de la vie, tout simplement, nous raconte-t-il dans son dernier roman, fraîchement sorti en librairie, Madame Pylinska et le secret de Chopin. Cette Madame Pylinska, c’est une prof de piano polonaise, qu’il engage lors de ses 20 ans à Paris, dans le but d’enfin maîtriser l’insaisissable Chopin.

Il en sera quitte pour une bonne surprise, quand l’enseignante, aux méthodes disons peu orthodoxes, le fera coucher sous le piano lors de la première leçon, et l’enverra cueillir des fleurs sans en faire tomber la rosée au Jardin du Luxembourg… «Je n’y arrivais pas parce que j’étais une brute. Une brute dans tout! » , s’amuse l’écrivain baraqué. « Mme Pylinska, elle, va voir quelqu’un de sensible sous la brute volontaire, déterminée, qui fonce chez elle. C’est quelqu’un qui va m’affiner, apercevoir un poète en moi, apercevoir une extrême sensibilité, m’apprendre à lier le bout de mes doigts avec tout mon corps. […] Elle va m’apprendre la délicatesse intérieure. Mais elle le fait avec une sévérité éprouvante! Elle a l’air d’une gardienne de prison, mais elle est une gardienne du temple», résume Schmitt.

STYLE BIENVEILLANT

Ce nouveau conte autobiographique et initiatique appartient à son Cycle de l’invisible, qui rassemble plusieurs de ses ouvrages l es plus appréciés : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, Oscar et la Dame rose, entre autres. Un cycle souvent associé à tort aux seules religions, mentionne l’écrivain franco-belge, qui veut plutôt explorer la spiritualité. « Pour moi la musique est un adjuvant au spirituel, voire un guide spirituel extraordinaire » , détaille-t-il.

Même si Madame Pylinska… parle de musique, il s’agit surtout, au final, d’un livre sur l’arrivée de l’écriture dans la vie d’Éric-Emmanuel Schmitt. À l’image de ce Cyrano de Bergerac, vu avec sa mère, qui l’avait foudroyé. Ou encore de cette nuit mystique dans le désert qu’il raconte dans La Nuit de feu. « Dans le cas de Madame Pylinska…, ce n’est pas un événement, c’est plutôt un chemin. […] C’est tout un chemin de vie pour apprendre à goûter chaque instant. La musique est un art du temps, un art qui nous apprend à ne plus subir le temps, mais à le savourer. Alors du coup, on peut transposer ça à toute la vie. À travers n’importe quel apprentissage, on peut apprendre à apprendre», développe-t-il.

Ce nouveau roman est écrit dans un style bienveillant qui sied bien à l’écrivain, et auquel il tient mordicus. «Je crois que la bienveillance est un combat qu’on ne gagnera jamais, mais qu’il faut mener. On peut appeler ça le combat pour la tolérance, mais je préfère le mot bienveillance. Parce qu’il y aura toujours à lutter contre des crispations identitaires, contre des idées simplistes. Il faudra toujours réaffirmer la complexité du monde, et comment on fait ça, c’est avec de la bienveillance » , tranche Éric- Emmanuel Schmitt. « Parfois on me reproche mes bons sentiments. J’ai envie de répondre : vous avez envie de vous adresser au monde et aux générations à venir avec de mauvais sentiments? Mais de quoi vous me parlez?», s’emporte l’écrivain.

Éric-Emmanuel Schmitt le dit sans détour : il est un écrivain heureux. « Mes livres se font tout seuls dans ma tête. C’est comme un jardin que j’entretiens et ça pousse tout seul. Quand c’est prêt, je m’assois et j’écris. Je ne me mets pas à mon bureau tous les jours. C’est très naturel comme processus et ça me permet de faire autre chose», explique-t-il.

Car ses chapeaux artistiques sont nombreux et son emploi du temps, parfois vertigineux : théâtre, musique, cinéma... Schmitt tourne encore au théâtre avec Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, pièce qu’il a présentée ici l’an dernier. Dans les prochains mois, il la promènera à San Francisco, à Los Angeles, à New York, au Liban…

Il annonçait aussi cette semaine qu’il reviendra au Québec en 2019, cette f ois pour un bon moment, le temps de participer à un nouveau spectacle du TNM, Le mystère Carmen. Un «OTNI», un «objet théâtral non identifié» comme il le désigne lui-même, inspiré d’une conférence-concert qu’il a donnée à l’Opéra de Paris sur le destin de Georges Bizet, le compositeur du célèbre opéra Carmen. Le spectacle sera mis en scène par Lorraine Pintal et Schmitt, le narrateur, sera accompagné sur scène par la mezzosoprano Marie-Josée Lord, le ténor Jean- Michel Richer et le pianiste Dominic Boulianne. Le spectacle partira en tournée au Québec par la suite et s’arrêtera dans la Capitale, à la salle AlbertRousseau, les 5 et 6 mai 2019.

En attendant, Éric-Emmanuel Schmitt sera au Salon du livre tous les jours, jusqu’à dimanche. Il a au menu de nombreuses séances de signatures et plusieurs tables rondes et rencontres d’auteur. Pour tout savoir : www.silq.ca

 

Point de Vue - « Un mystère peut en cacher d'autres. »

Imposant, parfois explosif : c’est le piano qui trône dans le salon du jeune narrateur, lequel l’évite consciencieusement. Jusqu’au jour où sa tante parvient à en tirer des notes sublimes : c’est le début d’une histoire d’amour intense entre le héros de ce récit-roman et Chopin. Mais, soucieux de s’améliorer, il fait appel à un professeur aux méthodes originales. Cueillir une fleur sans faire tomber sa rosée, scruter les arbres, faire lentement l’amour... Autant d’exercices qui lui sont demandés et qui lui permettront d’atteindre une sensibilité et une émotion méconnues. Un conte initiatique, musical et onirique, musical, aux charmes dont Éric-Emmanuel Schmitt seul possède les secrets.

Métro - « Des mots d’amour pour la musique »

Oui, Madame Pylinska et le secret de Chopin est un roman autobiographique. On se pose la question dès les premières lignes du nouveau roman d’Éric-Emmanuel Schmitt, puisqu’il est écrit de son point de vue et qu’il y utilise son prénom. Mais la réalité rejoint vite la fiction.

«L’histoire de Mme Pylinska est inspirée d’une professeure de piano que j’ai eue, qui ne s’appelait pas Mme Pylinska mais qui était quand même bien folle, peu conventionnelle. C’est un mélange d’elle et de mon imagination», explique l’auteur. La tante Aimée, mentionnée dans le livre, a elle aussi existé. Et son histoire tragique est bien vraie.

Il reste que l’écrivain affirme que dans quelques semaines, voire quelques mois, il ne saura plus distinguer ce qui est autobiographique et ce qui est romancé dans son livre. «Mes souvenirs et la fiction vont tellement fricoter ensemble que ça deviendra moins clair. C’est toujours comme ça. Chacun de nous regarde son passé à partir de la fenêtre du présent, déclare-t-il. Notre mémoire est elle-même subjective et teintée d’imaginaire.»

Ledit roman fait à peine 120 pages. Il se lit en un rien de temps. De quoi faire grimacer l’auteur quand on lui dit qu’on n’a mis que quelques heures à le lire.

«C’est vrai qu’il y a une disproportion entre le temps qu’on met à écrire un livre et le temps que les gens prennent pour le lire. Ce qui compte, c’est l’empreinte. Si le livre laisse une marque en vous, s’il a éveillé des émotions, des réflexions, des sensations qui n’auraient pas existé sans cela, alors le livre a fait son travail.»

Du temps, Éric-Emmanuel Schmitt en met vraiment beaucoup lorsqu’il rédige un nouveau roman. Inspiré par le travail acharné de son grand-père, qui était joaillier-sertisseur, il polit ses ouvrages. «Je rêve mes livres longtemps, longtemps, jusqu’à ce qu’ils existent dans mon esprit d’une façon claire, organique. Au fond, je les polis déjà dans ma tête avant de prendre la plume. Je les polis pour qu’ils aient une forme consistante. Ensuite, j’écris d’un seul jet.»

«Je ne choisis pas les histoires que j’écris, elles me sont imposées par ma vie et mon imaginaire.» – Eric-Emmanuel Schmitt, à propos des sources de son imaginaire

S’il est visiblement virtuose des mots, l’auteur fait plutôt l’éloge de la musique, de ses vertus et de ses pouvoirs dans ce nouveau bouquin. Assez pour se demander s’il ne préfère pas la musique à l’écriture. «J’ai besoin des deux dans ma vie. Je vais chercher dans la musique l’émotion pure, le temps qui palpite. La musique, c’est la respiration du temps. Le temps en musique devient savoureux, goûteux. Je ne le subis plus, je le savoure. C’est comme une expérience métaphysique, spirituelle, voire mystique. Quand le temps palpite et qu’on le sent, il produit de la beauté. Il me faut ça tous les jours.»

Et l’écriture, donc, comment peut-elle arriver à la cheville de la musique? «L’écriture, c’est une exploration. C’est ce qui me permet d’étancher ma curiosité du monde, des êtres humains. L’écriture, pour moi, c’est une boussole, une carte, une paire de chaussures pour avancer.»

Sauf que l’écriture est, selon lui, moins précise que la musique. «Je suis condamné à la poésie. Mais moi, j’aime bien être condamné à la métaphore, condamné à parler avec le langage du corps pour dire quelque chose qui n’est pas corps.» Contrairement à la musique qui, elle, peut éveiller des sentiments avec une simple note.

Madame Pylinska et le secret de Chopin s’inscrit dans la série Le cycle de l’invisible d’Éric-Emmanuel Schmitt, tout comme Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran ou Oscar et la dame rose, entre autres. Dans cette série, l’auteur «s’intéresse aux grands fournisseurs de sens. Souvent, ce sont les religions, mais ça peut être aussi des philosophies qui ont été le ciment d’une société. Et maintenant, c’est l’apport spirituel de la musique. Ce qui unit ces livres, c’est la recherche du sens».

Est-ce donc ça, le fameux secret de Chopin? Seule la lecture du livre vous le dira.

Virginie Landry

Paris Match - « C'est la haute voltige habituelle de Schmitt et c'est magique »

La musique apaise, excite, berce ou réveille. Elle a la violence du soleil et le calme de la nuit, la sagesse des bons conseils, la détresse des mauvais souvenirs et l'audace des rêves interdits. C'est la seule langue universelle ; aucune n'est plus belle, ni plus dangereuse. Elle peut vous entraîner à envahir la Pologne comme à jurer fidélité à votre femme. Avec elle, on n'a pas besoin des autres pour connaître le bonheur ou sombrer dans le spleen. Mais le plus prodigieux, c'est qu'elle offre tous ces enthousiasmes avec 7 petites notes là où il faut 26 lettres et 1000 teintes à la littérature et à la peinture pour nous secouer l'âme bien moins fort. Quand elle s'exprime, elle impose le silence aux autres arts. Inutile de dire que ça laisse les écrivains songeurs. 

Parmi eux, Eric-Emmanuel Schmitt. Pourtant, entre elle et lui, tout avait mal commencé. Au début de son livre, il décrit son ennemi dans l’appartement familial et on croit qu'il parle d'un chien, assoupi, immobile, trapu, hostile et odieux quand on le réveille.
Erreur, c'est le piano que sa sœur maltraite. Il le hait.


Jusqu'au jour où Aimée, la tante soyeuse, féminine et poudrée qu'il adore et que la famille observe d'un œil méfiant, joue du Chopin. Et là, soudain, le rustaud ronronne et répand dans le salon des nappes paisibles, ondoyantes, frêles et lumineuses. C'est le coup de foudre. Il prend des cours. Mais Chopin reste un rêve inaccessible. 

 Alors, à 20ans, reçu à Normale sup, il décide de lâcher un peu Homère et Vauvenargues pour se mettre sérieusement à l'étude de ce tuberculeux romantique qui tirait du monde toute sa tendresse. Le hasard le mène dans le XIII arrondissement chez Mme Pylinska, son éternel fume-cigarette et ses trois chats. On dit qu'elle est géniale. En tout cas, dès qu'elle le voit, elle tique. Chopin et ses fameuses quintes de toux pesait 50 kilos pour 1,70 mètre et posait sur le clavier des doigts légers comme les flocons. Fort comme un Turc, large comme une armoire, 

Parmi eux, Eric-Emmanuel Schmitt. Pourtant, entre elle et lui, tout avait mal commencé. Au début de son livre, il décrit son ennemi dans l'appartement
familial et on croit qu'il parle d'un chien, assoupi, immobile, trapu, hostile et odieux quand on le réveille.
Erreur, c'est le piano que sa sœur maltraite. Il le hait.
Jusqu'au jour où Aimée, la tante soyeuse, féminine et poudrée qu'il adore et que la famille observe d'un œil méfiant, joue du Chopin. Et là, soudain, le rustaud ronronne et répand dans le salon des nappes paisibles, ondoyantes, frêles et lumineuses. C'est le coup de foudre. Il prend des cours. Mais Chopin reste un rêve inaccessible. 

Schmitt enfonce les touches comme un bûcheron. Elle n'y croit pas. Il fait des notes sans couleurs ni harmonies. Mais ils s'arrangent. A sa manière à elle. Au lieu de l'asseoir sur le tabouret, elle l'allonge sous le piano quand elle joue pour qu'il ressente les vibrations, l'envoie au Luxembourg cueillir des fleurs, observer les feuilles, écouter le silence jusqu'à entendre glisser les nuages, lancer des cailloux dans le bassin pour observer comment naît et s'efface une vague. Elle lui demande même de faire l'amour avant les cours et lui donne des précisions. Frustré, il a peur de ne pas en avoir pour son argent.
Sèche comme une porte qui claque, elle s'en moque. S'il suffisait de travailler pendant des heures pour devenir pianiste, on le saurait. Et quand il parle des virtuoses, elle pousse des sou- pirs de cantatrice et les renvoie à leur niche, au cirque, où ils s'intercalent entre la musique et le public. Elle les déteste. Ils ramènent tout à eux quand Chopin, lui, entraîne ailleurs. Ses polonaises planent comme le pollen du printemps, font couler un bain tiède à température de larmes, volent en papillons, dégagent un parfum tenace comme la glycine... Elle trouve autant de mots pour évoquer sa musique que Proust pour décrire une haie d'aubépines. 

C'est la haute voltige habituelle de Schmitt et c'est magique. Dans notre société de consommateurs, on tourne une page et on pousse la porte d'un cercle de poètes disparus. Ouvrir un livre se transforme en prélude musical.
Prélude à quoi? A la rêverie. 

 

Gilles Martin-Chauffier

Le Progrès - « La musique est nécessaire à ma vie intérieure. »

Éric-Emmanuel Schmitt: "Je respire par les oreilles!"

Le Lyonnais Éric-Emmanuel Schmitt publie un de ces nouveaux contes philosophiques et littéraires dont il détient la savoureuse recette : "Madame Pylinska et le secret de Chopin". Il viendra en présenter une version théâtrale au Radiant la saison prochaine.

Comment est venue l’inspiration de votre dernier livre ?

« C’est un mélange de mémoire et de fiction. Je me suis inspiré d’histoires réelles issues de mon enfance : mon éblouissement lorsque j’ai découvert Chopin, ma volonté d’apprendre le piano, la rencontre avec ma professeur de cet instrument lors de mon arrivée à Paris et ma tante Aimée qui est en filigrane, de tout le roman. »

L’amour de la musique vous a toujours guidé ?

« Oui, j’ai écrit un livre sur Mozart, un livre sur Beethoven. La musique est nécessaire à ma vie intérieure. Elle a le pouvoir de me régénérer, de me consoler, de me donner l’accès aux larmes. Elle a sur moi une incroyable puissance émotionnelle et spirituelle. Je peux passer une journée sans écrire ou lire mais pas sans écouter ou faire de la musique. Je respire par les oreilles ! »

Le personnage de votre prof de piano est incroyable !

« Elle appartenait à ces professeurs qui assument de se comporter de façon autoritaire, qui le revendiquent même. Mais ce caractère, on le découvre rapidement, est entièrement au service de l’autre. Par elle, j’ai bénéficié d’une éducation qui allait bien au-delà du simple apprentissage du piano. On apprend toujours plus que ce que l’on apprend. »

C’est un conte philosophique que vous avez écrit…

« J’adore raconter des histoires. Mais il faut qu’elles dégagent du sens, qu’elles proposent un chemin. Mon parcours est à la fois littéraire et philosophique. Je m’efforce de conjuguer ces deux cultures. J’ai d’ailleurs fait ma thèse de philo sur Diderot, un auteur trop littéraire pour les philosophes et trop philosophe pour les littéraires… Il faut s’affranchir des frontières académiques. »

Est-ce votre objectif ?

« Oui, la philosophie ce n’est pas seulement manier des concepts. C’est piquer l’esprit de l’autre, produire des situations qui obligent à réfléchir. »

Quels sont vos projets ?

« Je suis en train de créer une version théâtrale de Madame Pylinska et le secret de Chopin. Une mise en scène que je jouerai avec le pianiste Nicolas Stavy. Je viendrai d’ailleurs présenter ce spectacle au Radiant. J’ai sinon évidemment plein de livres en moi mais je ne fais pas d’échographie quand je suis enceint. »

 

La Libre Belgique (Belgique) - « Devenir écrivain grâce à Chopin »

L’origine de sa vocation d’écrivain ne vient pas de la littérature ou du théâtre mais bien de la musique, nous apprend Eric-Emmanuel Schmitt dans son nouveau livre. Ce récit est-il purement autobiographique ou largement romanesque ? Peu importe, il raconte comment un jeune homme au physique de sumo, découvre toute la délicatesse des choses à travers Chopin.
 
Enfant, il regardait, un peu terrorisé, le piano Schiedmayer qui trônait chez lui. Quand il avait neuf ans, il eut sa révélation lorsque sa tante Aimée y joua. C’était du Chopin et jamais il ne l’oublia. Devenu étudiant à la rue d’Ulm en philosophie, il gardait cette blessure secrète : ne pas savoir bien jouer Chopin.
 
Sa tante Aimée pouvait lui donner quelques clés dont son secret, celui d’un amour impossible toute sa vie, pour un homme marié. Mais c’est surtout la revêche Madame Pylinska qui aura pour tâche de lui révéler "le secret de Chopin". Il y a certes dans ce récit une part narcissique "Moi et Chopin", comme il y eut déjà "Moi et Mozart", mais avec sa manière douce, Eric-Emmanuel Schmitt dépasse l’autobiographie pour proposer des outils pour toute création.
 
Madame Pylinska n’est pas une professeure ordinaire, elle soumet le jeune EES à des exercices très surprenants : arrêter de jouer du piano et aller tôt au jardin du Luxembourg cueillir les fleurs sur la pelouse sans faire tomber la rosée. L’exercice suivant est d’observer les ronds dans l’eau après y avoir jeté un caillou, puis regarder les effets du vent dans les arbres.
 
Elle explique que "Chopin n’emploie pas les mots parce qu’il a autre chose à dire que ce que disent les mots. Si la musique narre, alors à quoi bon la musique ? Abordant l’ineffable, elle ne dit que ce qui n’a jamais été dit nulle part. S’il suffisait de passer des heures à travailler son piano pour devenir pianiste, ça se saurait non ?" Madame Pylinska force même l’intimité d’EES, jeune étudiant volage, en lui demandant de revenir jouer juste après avoir fait l’amour, quand l’orgasme l’aura apaisé.
 
Ces leçons valent pour tout art, assène l’écrivain, qui explique écrire encore aujourd’hui, en suivant les conseils de cette sacrée professeure : "J’écris en cajolant les fleurs des champs sans déranger les gouttes de rosée. J’écris en produisant des ronds dans l’eau pour guetter l’élargissement des ondes et leur évanouissement. J’écris comme l’arbre sous le vent, le tronc de l’intelligence solide et les feuillages de la sensibilité mouvants." Un conte léger comme le frémissement, sur l’apprentissage de ce qui échappe à la rationalité. C’est-à-dire l’essentiel.

Guy Duplat

Critiques des blogs

La Liseuse Hyperfertile - « Un roman fidèle à ce qui fait la richesse et la beauté de l’univers d’Eric Emmanuel Schmitt. »

Ce roman rejoint le cycle de l’invisible. Un ensemble de courts romans, entre nouvelles, fables modernes et contes poétiques. Les six précédents romans du cycle étaient juste merveilleux (Bon, ok je suis pas objective car j’adore Eric Emmanuel Schmitt.). Si vous n’avez jamais lu Les 10 enfants que Madame Ming n’a jamais eu, réparez cette erreur au plus vite.

Ici c’est un texte très différent, plus personnel, et je me demande ailleurs qu’elle est la part de réel et d’imaginaire dans son récit. Le personnage principal n’est autre que l’auteur lui même. Enfant, subjugué par le son du piano de sa tante, il s’essaie à l’instrument puis fini par laisser tomber. 20 ans plus tard, jeune étudiant il tente de réapprivoiser l’instrument avec pour but de jouer du Chopin. Il demandera de l’aide à Madame Pylinska: Une professeure originale, intransigeante, aux manières pédagogiques bien particulières. Imaginez des leçons de piano sans même toucher les touches ou des exercices consistant à ramasser des fleurs dans un parc. Eric Emmanuel Schmitt semble vouloir tout connaître de Chopin, percer ses secrets pour espérer le jouer à la perfection. Et si cette quête de musique exemplaire allait l’obliger à s’interroger sur lui, sur sa vie, ses attentes?

Ce court récit tout en poésie, en émotions a su me toucher. Madame Pylinska malgré son air froid et dur nous apparaît finalement plus humaine qu’on ne pense. J’ai moi aussi appris à ses cotés pendant ma lecture.

Pour ceux qui pourraient hésiter par rapport au thème de la musique classique, sachez que je n’y connais absolument rien, et j’ai pris plaisir à en apprendre à ce sujet. Finalement tout ça n’est qu’un prétexte pour nous parler de bonheur, de vérité, d’espoir et de destin.

 

Lunatic

La liseuse de rêve - « Une invitation au voyage et à la découverte »

C’est la première fois que je lis un livre de cet auteur et je suis ravie de le découvrir à travers ce récit à la fois drôle, tendre et touchant.

Composé de 119 pages, ce livre se lit assez rapidement et est très plaisant à découvrir.

Rempli de références musicales et historiques toutes aussi fabuleuses les unes que les autres, l’auteur raconte à la première personne sa rencontre avec la musique et plus particulièrement avec Chopin dont il voudrait percer le secret afin de pouvoir le jouer.

Madame Pylinska est dépeinte avec émotions et humour. On ressent toute l’affection que ressent la narrateur à son égard.

N’ayant pas beaucoup de connaissances à propos de la musique classique, j’ai pris plaisir à découvrir la façon dont Madame Pylinska décrit chaque compositeur. Qu’elle les décrive aimablement ou avec vigueur, cette femme a le don d’inciter à la curiosité.

Ce livre est une invitation au voyage et à la découverte. Prêter de l’attention à ce qui nous entoure paraît tellement plus simple lorsque c’est Madame Pylinska ou Eric-Emmanuel qui nous en parlent.

Ce récit a quelque chose de poétique dont je serais bien incapable d’expliquer la provenance. On sent toute la bienveillance envers Aimée, Chopin, Maddame Pylinska, Dominique… comme si, avec ce livre, des remerciements étaient silencieusement adressés à tous ceux qui ont fait d’Eric-Emmanuel celui qu’il est aujourd’hui.

J’ai beaucoup apprécié ma lecture, la découverte de ces personnes, célèbres ou anonymes, ce partage, ces confidences. C’est un récit qui devrait être lu par le plus grand nombre car c’est une belle lecture et sincèrement, qui n’a pas envie de découvrir le secret de Chopin ? 

La plume de l’auteur est fluide et malgré l’absence de chapitres, cela ne m’a pas manqué car le récit est très bien décrit.

Je vous conseille ce livre qui vous fera du bien et vous apaisera ertainement grâce à Madame Pylinska et ses nombreux exercices pour Eric-Emmanuel.
La description des exercices par le narrateur a un effet apaisant mais c’est difficile à expliquer, vous devriez le découvrir par vous-même. 

Pour ma part, c’est une réussite, j’ai beaucoup aimé ma lecture.

Culturenews - « Récit tout en poésie »

Bouleversé après avoir entendu sa tante Aimée jouer du Chopin sur le Schiedmayer familial, Eric Emmanuel Schmitt a voulu apprendre à jouer du piano.
Après avoir acquis des connaissances, il a demandé à son professeur d’aborder Chopin. Il voulait percer son énigme mais les frissons n’étaient pas là. La vie continue et quelques années plus tard, à 20 ans, il a de nouveau envie d’essayer. Il va alors prendre des cours avec Mme Pylinska, une polonaise émigrée à Paris. Elle a de bien étrange manière d’enseigner le piano. On peut la qualifier d’intransigeante et d’excentrique. Ce court récit tout en poésie, en émotions a su me toucher. Madame Pylinska malgré son air froid et dur nous apparaît finalement plus humaine qu’on ne pense. Ce récit est plein d’émotions, de douceur, de bonheur, de tendresse, de délicatesse.Ce livre semble révéler une autre facette de l’écrivain: Eric-Emmanuel Schmitt musicien, pianiste. On y découvre sa révélation pour le piano, son apprentissage et son amour pour Chopin qu’il souhaite jouer.

Note : 9,5/10

Les coups de coeur de Géraldine - « Délicieux roman, si doux qu'il se déguste. »

L'histoire : A 9 ans, lors d'une réunion familiale, Eric tombe amoureux de ... Chopin. Sa tante ne vient-elle pas d'en jouer une interprétation magnifique. Il se met alors à étudier le piano. Mais Chopin ne s'offre pas à qui veut. Dès années plus tard, étudiant à Paris, Eric se met en tête de reprendre son apprentissage pour, faute de bien jouer Chopin, au moins le jouer mieux... Il rencontre alors Madame Pylinska, une professeur de piano aux méthodes quelque peu particulières, voire surprenantes.

 

Tentation : Un Schmitt ne se refuse jamais.

 

Mon humble avis : Quel délicieux roman, si doux qu'il se déguste et non se dévore. Et qui donne à réfléchir sur comment l'on appréhende la musique, comment on l'apprécie, comment on la connaît, comment on la vit, comment on la ressent.

Madame Pylinska et le secret de Chopin a de quoi ravir un grand nombre de lecteurs...

Les mélomanes bien sûr (ou pour commencer). Puisque dans ces pages, il est question des plus grands compositeurs de tous les temps, Brahms, Bach, Mozart entre autre et bien sûr Chopin. Madame Pylinska offre à son élève Eric (et aux lecteurs évidemment) de belles leçons sur les oeuvres respectives de ces grands maîtres. Comment ils composaient, pourquoi ? Que transmet leurs musiquent, que transpirent-elles, que disent-elles de leurs créateurs ? En quoi se différencient-elles les unes des autres ? Tout cela, Madame Pylinska le dit avec une verve bien à elle, teintée de poésie, de passion, d'enthousiasme proche de la transe.

Les musiciens ensuite ! Les pianistes et les autres ! Car je pense que l'exigence, les méthodes peu académiques et les conseils de Madame Pylinska s'adaptent et peuvent s'adresser à tout autre instrument. Avant de vouloir mieux jouer (faute de bien jouer, ce qui aux yeux de Madame Pylisnka relève de la prétention, il faut savoir voir l'infiniment petit, fragile et subtile, percevoir, observer, écouter, aimer. Pour cela, le meilleur terrain d'apprentissage est la nature... Et non le tabouret devant le piano. Je n'en dis pas plus, histoire de laisser planer un certain mystère..

Les fans d'Eric-Emmanuel Schmitt enfin ! J'adore ! Sa simplicité, son humilité, sa fantaisie, son humour, sa délicatesse. Un style qui parait simple mais qui est à chaque phrase mesuré. Une écriture qui coule toute seule en douceur, comme l'eau d'un ruisseau. Point de violence, point de vulgarité, point d'auto-apitoiement ni de détails ou de longueurs inutiles. D'autres auteurs qui se seraient frottés à une telle histoire auraient sans doute allongé leur roman de quelques centaines pages. Ici, Eric-Emmanuel Schmitt livre tout ce qu'il y a à dire en 126 pages... Qui de ce fait, ne tombent pas dans la rengaine, ne s'encombre pas d'intermèdes, gardent la même rythmique et n'endorment pas le lecteur.

Et évidemment, ce roman ravira aussi tout lecteur potentiel de toutes ces qualités que je viens de citer. Nul besoin donc d'être mélomane, musicien ou Schmittien pour apprécier cette lecture qui est avant tout tout public et parfaitement divertissante.

Pour tout avouer, je ne connais rien à la musique classique, qui n'a pas encore trouvé place dans ma playlist. Peut-être... un jour viendra. Mais à l'heure actuelle, je suis incapable de différencier une oeuvre de Mozart, de Beethoven ou de Schumann. Je ne reconnais que Verdi et ses quatre saisons grâce aux musiques d'attente de multiples répondeurs téléphoniques ! Et pourtant, je me suis régalée de cette histoire. Et lorsque le jour viendra, grâce à ce livre dans lequel je me replongerai alors, je serai mieux armée pour appréhender ces classiques. Armée de sens et non de savoir encyclopédiques.

Mais attention, certes, il est question ici de Chopin et des classiques, mais c'est une ode à la musique que nous offre Eric-Emmanuel Schmitt. La musique est un meuble à plusieurs tiroirs, c'est bien connu. Aussi, Schmitt nous propose donc, quelque part, d'écouter la musique autrement.

 

PS : Le personnage de Tante Aimée m'a beaucoup touchée... Feindre l'extravagance pour rester dans la discrétion... Mais une fois encore, je n'en dis pas plus.

 

Géraldine

Le blog de la page Over-Blog - « Texte poétique, musical et terriblement romanesque! »

Je ne regarderai plus les mésanges et autres oiseaux de quelque qu' autre manière. Je prendrai le temps de contempler les feuilles et leurs ramifications. J'arrêterai d'entendre la musique et j'apprécierai le ruban qui se délira devant moi.

 

Récalcitrant à la musique classique, vous apprécierez ce cours sur l'oeuvre de Chopin. Eric-Emmanuel Schmitt, à travers des cours de piano insolite, découvre le monde de la création et ce don de soi puissant et unilatéral. Par ce biais, l'écrivain se livre, nous livre son processus de création. Dans cette quête de compréhension de l'oeuvre magistrale de Chopin, Eric-Emmanuel Schmitt délie les secrets de son enfance sur un ton poétique, parfois onirique qui ne laisse pas le lecteur insatisfait.

 

Depuis la lecture d' "Oscar et la dame rose", j'avoue me livrer à la lecture de ses romans, pièces... Douteriez-vous de mon objectivité? Lisez "Madame Pylinska et le secret de Chopin" et osez remettre en exergue mon jugement. 

La personnification du piano, dans les premiers chapitres, est juste magnifique !

 

Texte poétique, musical et terriblement romanesque!

Bernieshoot - « Un petit bijou de bonheur. »

Éric-Emmanuel Schmitt fait partie des auteurs que j’apprécie énormément, pour mémoire nous avons déjà eu le plaisir de vous faire découvrir « Le Poison d'Amour », « La Nuit de Feu » et plus récemment « La vengeance du pardon » : trois œuvres que je vous invite vivement à découvrir, ou redécouvrir, pour mesurer l’immense talent de cet auteur.

Cette fois-ci il nous offre un conte initiatique de 126 pages qui est un pur bonheur de lecture. Avec un style toujours aussi limpide, efficace et harmonieux, il nous ouvre avec bonheur son univers musical.

La découverte du mystère de Frédéric Chopin se fait avec bonheur, douceur et au fil des pages une foule d’émotions sont au rendez-vous et font écho au toucher pianistique incomparable de Chopin, qui ne doit rien au hasard,  comme dans les Nocturnes.

C’est un récit plein d'intelligence et d'humour, où la musique apprend à vivre et à aimer.

Et je terminerais en vous disant, sans la raconter naturellement, que la fin est immensément drôle.

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Madame Pylinska a une bien étrange manière d'enseigner le piano. L'excentrique Polonaise tyrannise Eric Emmanuel Schmitt, son jeune élève. Pour entrer dans le mystère de Frédéric Chopin, elle exige d'écouter le silence, de cueillir des fleurs à l'aube, de suivre le vent dans les arbres et le mouvement des vagues, de faire l'amour, mieux, d'aimer. Sa leçon de piano devient apprentissage de la vie et de l'amour.

L'œuvre d'un musicien de génie peut-elle enchanter toute une vie et lui donner un sens ?

Aidera-t-elle aussi le narrateur à comprendre le secret bouleversant d'une personne aimée ?

Chez Iluze - « Une jolie petite parenthèse que je vous recommande ! »

Cela va peut-être vous étonner mais c’est la première fois que je lis un roman d’Eric-Emmanuel Schmitt. Hé oui, cela faisait partie des grands auteurs incontournables à lire un jour mais sur lequel je ne m’étais pas penchée. Maintenant, que c’est fait, je peux vous dire que je vais recommencer !

Dans ce récit, Eric-Emmanuel Schmitt nous parle de ses cours de piano avec l’excentrique madame Pylinska. Le but de ses cours : parvenir à jouer Chopin et c’est tout un programme !

J’ai beaucoup aimé le personnage fantasque de madame Pylinska, ses méthodes d’apprentissage sont assez marginales mais ô combien efficaces ! Elle porte à elle seule, tout le roman.

J’ai aussi apprécié la fluidité de l’histoire. Cela se lit vraiment très rapidement. Le style est simple et va direct à l’essentiel même s’il n’est pas sans poésie. C’est une écriture qui me fait beaucoup penser à Amélie Nothomb.

Je ne sais quelle est la part du réel ou de l’imaginaire dans ce récit, et honnêtement, je n’ai pas envie de le savoir, tellement cette histoire parait parfaite ainsi.

Le thème de la musique est aussi bien représenté. Honnêtement, je ne me suis jamais trop intéressée à la musique classique mais ce livre m’a donné envie de m’y mettre. Une petite sélection à la fin de l’ouvrage n’aurait pas été de refus.

Bref, Madame Pylinska et le secret de Chopin est une jolie petite parenthèse que je vous recommande !

Vouslisez.com - « Excellent moment de lecture. »

Eric-Emmanuel Schmitt est un des auteurs francophones les plus lus et les plus représentés dans le monde, ce qui peut finir par agacer. En ouvrant ce énième roman, la lectrice s’apprête à déchanter. Âgé de vingt ans, Eric se présente chez Madame Pylinska dans l’espoir de se remettre au piano. Subjugué par un souvenir familial et fasciné par Chopin, le jeune homme débute maladroitement son apprentissage. Madame Pylinska va alors lui donner un enseignement musical original : des leçons particulières de vie et d’amour, à la fois poétiques et sensuelles. Ce roman fait partie du « Cycle de l’Invisible », un ensemble de fables, nouvelles et contes de l’auteur sur le thème des spiritualités. Dans ce nouvel opus, Eric-Emmanuel Schmitt nous parle en mélomane passionné et place la musique au-dessus de tous les arts. Virtuose de la plume, cet artiste complet ajoute une note harmonieuse au quotidien en faisant vibrer notre corde sensible. Excellent moment delecture. 

Publications

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  • En langue bulgare, publié par Lege Artis
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  • En langue française grand format, publié par A vue d'oeil
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